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« Religion, morale et patriotisme sont des sentiments qui ne se manifestent que lorsqu’ils sont blessés. Le dicton disant de quelqu’un qui est facilement offensé qu’il est « volontiers » offensé, a raison. Ces sentiments n’aiment rien tant que d’être blessés et ils prospèrent dans les griefs faits à l’impie, à l’immoral, au sans patrie. Ôter son chapeau devant l’ostensoir est loin d’être aussi plaisant que de l’arracher  à ceux qui ont une autre croyance ou qui sont myopes. »

Karl Kraus, Aphorismes, Rivages p. 76

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Il me semble que ce texte de Kraus donne une explication d’un phénomène qui étonnait Lichtenberg :

« N’est-il pas singulier que les hommes de si bon cœur combattent pour la religion tout en vivant à contrecœur selon ses préceptes?»

Lichtenberg, Le miroir de l’âme, [L. 705]

On peut également souligner la proximité avec un aphorisme de Nietzsche :

Sancta simplicitas de la vertu. — Toute vertu a des privilèges, par exemple celui d’apporter au bûcher d’un condamné son petit fagot à soi.

Humain trop humain I, §.67

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L’aphorisme de Kraus jette aussi un éclairage sur le phénomène que j’évoquais hier à travers l’exemple de la controverse sur Germaine Greer. Il faut en effet étendre au moralisme progressiste l’analyse qui, dans ce texte, semble viser un moralisme réactionnaire ou conservateur. C’est justement pour les causes qui ont notre sympathie que nous devons le plus nous méfier de la complaisance pour l’indignation et autres variations sur le thème du « tu es mauvais donc je suis bon ». Quelle que soit la justesse de la cause défendue, ceux qui aspirent au titre de chef de camp de rééducation méritent la plus extrême méfiance.

On pourrait m’objecter qu’un fois de plus je ne fais que rationaliser mes aversions spontanées. Je crains de n’avoir rien à répondre à cela.

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