Not alone in being alone (2)

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« Pas même seul. Des tas. Des tas de SEULS ! »
Ainsi jadis criais-je un poème
où ce long vers rimait avec « linceuls »

faute d’une autre rime – ou du courage
abandonner le texte inachevé
quand on n’est plus le maître de l’ouvrage.

[…]

« Des tas de seuls! » Chacun sur son ballot
assis, colis perdu, une monade –
et cependant figure d’un ballet

mystérieux, mobile, monotone
d’Iphigénies en marche vers l’autel…
Mais tout à coup le Choeur : « Quel Dieu ordonne

que nous ayons tout seuls, sans être seuls,
à traverser ces mers et cette vie
sans autre rime riche que « linceuls » ?

Benjamin Fondane, Le mal des fantomes, XII

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Un mystère de la langue française

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D’où vient que les branleurs  soient justement ceux qui ne branlent rien (peut-être faudrait-il ajouter : « qu’eux-mêmes ») ?

Croyez-le ou non, j’en suis venu à méditer sur cette énigme en cherchant à enrichir mon cours sur le travail. A l’origine mon interrogation portait sur l’étymologie  de « branleur » au sens de « personne qui ne fait rien d’utile », est-il bien dérivé, comme j’ai tendance à le penser, de « branler » au sens de « se masturber » ? Mais alors la « correspondance inversée » avec l’expression ne rien branler (dont on pourrait imaginer qu’elle nous renvoie à « branler » au sens de « mettre en branle ») n’est elle qu’une coïncidence ?

Le CNRTL à défaut de me donner les moyens de sortir  des brumes de la spéculation oiseuse, m’a au moins permis de découvrir cette citation très à propos :

« Il faut plus de science pour se garder d’une mauvaise étymologie que pour en trouver dix bonnes »

Antoine Thomas, Nouveaux essais de philologie française, 1904

 

Souvenirs de jeunesse et révolution

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Varlam Chalamov étudiant

« En 1926, pour la première fois, on annonça la création d’un concours d’entrée dans l’enseignement supérieur ouvert à tous. C’était par conséquent l’occasion de se manifester et d’obtenir une formation supérieure.

Deux années de travail dans une tannerie (près de Mos­cou) et comme liquidateur de l’analphabétisme ne pou­vaient favoriser mon succès au concours.

Il fallait vivre chichement, au jour le jour tout un été, étudier jusqu’aux examens d’automne, ne rien acheter, se nourrir à ne pas payer de loyer, se procurer une carte de bibliothèque et, en premier lieu, suivre les cours préparatoires.

Les cours étaient payants et assez chers; j’ai dû verser quelques quarante roubles pour les suivre. On pouvait même passer la nuit sur nos tables de travail…

Je fus reçu à l’université…

Le Moscou de ces années-là bouillonnait tout simple­ment de vie. On discutait à l’infini sur l’avenir du globe terrestre…

À l’université de Moscou, toute agitée de vagues, les échanges étaient particulièrement mordants. Chaque déci­sion du gouvernement était examinée sur-le-champ, comme à la Convention…

Pareil pour les clubs. Au club Trekhorki une tisseuse âgée, au cours d’un meeting, rejeta l’explication d’une réforme financière que donnait un secrétaire de cellule local.

— Amenez un commissaire, tu parles de façon obscure.

Et le commissaire vint — adjoint du commissaire des finances Piatakov — et patiemment exposa à la vieille furi­bonde l’essentiel de la réforme…

Ces débats avaient lieu à propos de tout. Sur ce que seront les parfums dans le communisme… Ou bien les femmes sont-elles en commun dans le phalanstère de Fou­rier… La fonction d’avocat est-elle nécessaire ? Et la poé­sie ? La peinture ? La sculpture ? Si oui, sous quelle forme ?…

Voir, connaître et vivre nous paraissait insuffisant. Nous voulions agir par nous-mêmes jusqu’à épuisement de l’immortalité… »

Varlam Chalamov, Fragments de mes vies
in Cahiers de la Kolyma et autres poèmes,
ed. Maurice Nadeau

Souvenirs d’enfance et révolution

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« Je me souviens de la révolution de février et comme l’immense aigle de fonte noué de câbles, arraché du fron­ton du lycée de garçons, s’écroula.

Je me rappelle le coup d’État d’Octobre et Vologda plus maussade que pour le renversement de l’autocratie, les conversations des adultes plus nourries et l’inquiétude générale…

Je me souviens très bien de Kedrov, un commandant d’armée, et de son wagon. Je revois des Lettons en culottes bouffantes bleues; ils dansaient sans cavalières dans un jar­din public, les uns avec les autres.

A peine avais-je fini de préparer mes leçons que je me mettais à un jeu mystérieux… À l’aide d’éclats de bois et de boîtes d’allumettes j’évoquais Gogol, Pouchkine et sur­tout Hugo et Alexandre Dumas…

Cette mise en scène de ce que je lisais dura toute mon enfance. La bibliothèque de mon père était toujours à ma disposition. Du reste Alexandre Dumas n’en venait pas.

En 1918 on confisqua les bibliothèques seigneuriales et on créa à l’emplacement de la prison, dans le centre ville, une bibliothèque ouvrière. La découverte de cette biblio­thèque fut une année d’illumination pour moi. Dumas, Conan Doyle, Victor Hugo — tous dans des reliures dorées — m’attendaient chaque jour. Je lisais et jouais tou­tes mes lectures à la suite.

Je me souviens des ci-devant dans la grande vogue des débats contradictoires aux réunions antireligieuses. Je par­ticipais moi-même à ces assemblées. Mon père — prêtre aveugle — allait se battre pour la cause de Dieu. Je suis privé de tout sentiment religieux. Mais mon père était croyant et se faisait une obligation morale d’intervenir. Je lui servais de guide. Et j’apprenais la force d’âme. »

Varlam Chalamov, Fragments de mes vies
in Cahiers de la Kolyma et autres poèmes,
ed. Maurice Nadeau

Dans la famille Joplin, qui préfères-tu ?

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Pour ma part, j’ai en penchant pour Scott, le compositeur majeur du ragtime dont on célèbre cette année le centenaire de la mort. Je ne ferais pas le malin plus longtemps car je dois reconnaître que, béotien en matière musicale, j’ai découvert l’existence de Scott Joplin à travers The entertainer, la mélodie popularisée par le film L’Arnaque .

Ceux qui ne jurent que par le violon, préfèreront peut-être cette version avec Itzhak Perlman.

*

Plonger dans les vidéos de Youtube consacrées à Scott Joplin c’est l’occasion de découvrir l’univers des collectionneurs de rouleaux pour piano mécanique (pour en savoir plus voir ici).

D’abord un dernier Entertainer pour la route.

Ensuite, pour changer un peu, Maple Leaf Rag le premier succès commercial de Joplin en 1899 (maple Leaf semble à l’origine être le nom d’un club ou Joplin avait œuvré comme pianiste).

*

Anecdote amusante, dans le téléfilm qui fut consacré à Scott Joplin en 1977, son rôle était tenu par Billy Dee William qui devait incarner, quelques années plus tard, Lando Calrissian dans L’empire contre-attaque et Le retour du jedi.

 

[1] En fait je dois confesser que je l’ai peut-être d’abord entendu sur la version MSX de ce jeu.

Si le Petit Prince était tombé sur une tordue …

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prosiłem dziewczynkę
– narysuj mi Drogę
dom
drzwi okna
i dym z komina –

narysowała wszystko
w kreskach deszczu
– ale ty jesteś w środku pod dwiema pierzynami –
mówiła

podziękowałem
zabrałem rysunek i odszedłem

– zaczekaj jeszcze piorun –
krzyknęła wyjmując czerwoną kredkę

Jacek Podsiadło

 

*

j’ai demandé à cette fille
– dessine-moi le Chemin
la maison
la fenêtre la porte
et la fumée de la cheminée –

elle a dessiné le tout
hachuré de pluie
– toi tu es à l’intérieur
sous deux couettes –
m’a-t-elle dit

je l’ai remerciée
j’ai pris le dessin et je suis parti

– attends, il manque la foudre –
m’a-t-elle crié en dégainant un crayon rouge

trad. K. Padami

Balkanisation

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« De la même manière qu’il existe, dans la langue française, une distinction entre les mots islam (culte islamique) et Islam (sociétés à référentiel isla­mique*), nous pensons devoir distinguer les musul­mans (fidèles de l’islam) des Musulmans (individus assimilés aux musulmans sans forcément se réclamer d’une religion). Ce dernier terme, avec une majus­cule, avait déjà été employé en République fédérative socialiste de Yougoslavie, qui éclata dans le sang et les larmes au début des années 1990

« Pendant longtemps, les Slaves qui s’étaient convertis à l’islam sous le régime turc étaient dési­gnés par le nom de « Turcs », bien que leur langue fût le serbo-croate. A partir de 1968 on commença à désigner officiellement leur ethnie du nom de « Musulmans », avec majuscule (« musulmans » avec minuscule désignant la religion). La pratique de la foi n’était pas requise. On pouvait être « Musulman athée » ou même « Musulman communiste »**. »

Dans le contexte yougoslave, les Musulmans fai­saient donc partie d’un groupe national minoritaire, héritier de la période ottomane mais pas nécessaire­ment associé à une pratique religieuse. Ces caractéris­tiques peuvent être utiles pour comprendre les enjeux relatifs à la question des Musulmans en France voire au delà. »

Nedjib Sidi Moussa, La fabrique du Musulman
ed. Libertalia, 2017, p. 29

Pour éviter les malentendus que pourrait susciter la citation d’un simple extrait, peut-être est-il nécessaire de préciser que le propos de Nedjib Sidi Moussa est de dénoncer cette fabrique du Musulman (et notamment l’assignation identitaire que subissent les athées ou les agnostiques) et non pas d’y participer.  Malheureusement je ne le trouve pas très clair quand il s’agit d’identifier les tenants et aboutissants (et en particulier les acteurs et leurs motivations) de cette « fabrique » :

 « Cette catégorie procède de facteurs objectifs — qui relèvent pour partie les dynamiques propres de l’immigration maghrébine, des évolutions de la société française ou de l’agonie de la démocratie représentative — et du travail subjectif d’acteurs plus ou moins conscients de leurs buts : entrepreneurs communautaires (intervenant dans les secteurs économique, associatif ou religieux), hauts fonctionnaires, élus politiques, journalistes, éditeurs, universitaires, etc. »

ibid, p. 31

L’auteur s’en prend explicitement à l’étude de L’institut Montaigne sur l’islam en France, en lui reprochant d’accréditer cette idée d’une identité musulmane élargie au delà du cercle des pratiquants et des croyants déclarés  :

« L’Institut Montaigne a publié une étude sur l’islam français dont les résultats ont été abondam­ment commentés, sans un mot sur sa méthodologie. Les «musulmans» interrogés étaient des « personnes se déclarant de confession musulmane ou ayant au moins un parent musulman». L’enquête repo­sait sur « un échantillon spécifique de personnes musulmanes ou de culture musulmane; elles représentent 1029 individus, parmi lesquels 874 se définissent comme musulmans». Tout devient pos­sible en matière de musulmanologie… »

Sur ce point on peut renvoyer avantageusement à la critique dévastatrice de la méthodologie de l’étude de l’Institut Montaigne à laquelle s’est livrée la blogueuse Mélusine.

Red rubber ball

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Depuis que je me suis entiché du groupe de folk australien The Seekers, j’ai appris qu’un de ses membres : Bruce Woodley était le coauteur avec Paul Simon de la chanson de Red Rubber Ball.

La chanson a semble-t-il d’abord été interprétée par l’éphémère groupe The Cyrkle dont il fut un des deux tubes.

Pour ma part je l’avais déjà entendue sur une anthologie de Simon & Garfunkel dans une version live ( elle n’est pas présente sur les albums classiques du duo, à ma connaissance).

The Seekers en ont eux aussi donné une interprétation.