Tuer ta jeunesse

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Sprüche für die geladenen in T …

Indess deine mutter dich stillt
Soll eine leidige fee
Von schatten singen und tod
Sie giebt dir als pathengeschenk
Augen so trüb und sonder
In die sich die musen versenken.

Verächtlich wirst du blicken
Auf roher spiele gebahren,
Vor arbeit die niedrig macht
Die grossen strengen gedanken
Dich mahnen und wahren.

Wenn deine brüder klagen
Und sagen: o schmerz! den deinen
Sag ihn den winden bei nacht
Und unter der nägel waffe
Blute die kindliche brust!

Vergiss es nicht: du musst
Deine frische jugend töten,
Auf ihrem grab allein
Wenn viele thränen es begiessen — spriessen
Unter dem einzig wunderbaren grün
Die einzigen schönen rosen.

Stefan George, Das Jahr der Seele

*

Sentences pour les invités de sur-le-mont-t

Tandis que ta mère t’allaite
Il faudra qu’une fée chagrine
Te parle de mort et de nuit.
Elle te donne à ton berceau
des yeux étranges et si tristes
Où les Muses se baigneront.

Dédaigneux tu regarderas
Ceux que des jeux grossiers agitent ;
Contre les travaux qui dégradent
De grandes, d’austères pensées
Seront ton conseil et ta garde.

Et si tes frères veulent gémir,
Criant leur douleur, que la tienne
Ne soit dite qu’au vent des nuits
Et prenant tes ongles pour arme
Ensanglante ton sein d’enfant !

Songez-y toujours : il faudra
Tuer ta jeunesse en fleur
C’est sur sa tombe seulement
Baignées de maints pleurs, que germent
Aux seuls feuillages merveilleux
Les seules roses vraiment belles.

trad. Maurice Boucher

En attendant la transfiguration rétrospective

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« Et un autre quai me revint en mémoire – neuf ans plus tôt ! – mais il était tard le soir – et nous étions loin – dans la province d’Oufa. Nous attendions un train, Serioja et moi. – L’automne était bien avancé. – je me souviens d’une mélancolie terrible née du sentiment de notre double abandon – vraiment au bout du monde ! -, de l’heure tardive, des sifflets, du quai désert. – Eh bien cet instant m’apparaît  aujourd’hu comme un instant de bonheur. – Qui sait, peut-être que dans neuf ans cet instant -ci de solitude sur le quai de Kountsevo apparaîtra aussi comme un instant de bonheur. »

Marina Tsvetaieva, Vivre dans le feu, p. 153

Psychopathologie de la vie intellectuelle des psychopathologistes

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« When Breuer and Freud rushed out their « Preliminary Communication » in 1893 Janet had taken notice. In an omnibus review, he remarked that theirs was the most important of a series of new efforts to define hysteria. Important, but not enough to spell the authors’ names correctly. Janet referred to « Brener and Frend. » and embraced their work as simply confirmation of his own. »

George Makari, Revolution in mind

*

« On a plus de renseignements sur ce que retint Freud de son passage à Nancy [chez Hippolyte Bernheim], tel du moins qu’il le rapporte dans Ma Vie et la Psychanalyse […]

« Afin de m’instruire, j’avais amené une de mes patientes à me suivre à Nancy… Bernheim essaya plusieurs fois à son tour de la plonger dans une profonde hypnose, mais il ne réussit pas mieux que moi. Il m’avoua franchement n’avoir jamais obtenu ses grands succès thérapeutiques par la suggestion ailleurs que dans sa pratique d’hôpital, et pas sur les malades qu’il avait en ville. J’eus avec lui beaucoup d’entretiens intéressants et j’entrepris de traduire en allemand ses deux ouvrages sur la suggestion et ses effets thérapeutiques. »

Ici, comme le fait remarquer Jones, Freud commet une bien « curieuse » erreur dans son autobiographie : il ne décida pas alors de traduire en allemand les deux livres de Bernheim puisqu’il en avait déjà fait paraître un un an plus tôt ! On a l’impression que tout se passe comme si Freud, ici, voulait effacer l’antériorité de l’influence de Bernheim. Ces problèmes de remémoration, chez Freud, sont d’autant plus curieux que c’est bien sur ce thème de la remémoration que Freud a peut-être le plus appris auprès de Bernheim. »

Dominique Barrucand, Freud et Bernheim

 

Questions et réponses

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Frage und Antwort

Den Enkeln

Unser Schicksal?

Vieles in uns
ist älter als wir

Unsere Rechenschaft?

Mit der Wahrheit haderten wir nicht,
weil wir uns irrten, sondern stets,
weil sie ist, wie sie ist

Unser Rat?

Das mögliche trennen
vom Unmöglichen

Unsere Trauer?

Daß wir hatten sein können,
wie wir einmal waren –
                                sie hatten uns geformt
nach ihrem Bild
bis wir uns erblickten
in verbotenen Spiegeln

Unsere Feste?

Unter Bäumen
Licht und Schatten miteinander teilen

Dem pianisten
Ruhmeskörner streuen

Fermaten schweigen
nach den Noten des Weinbergs.

Reiner Kunze, Ein Tag auf dieser Erde

*

Question et réponse

à mes petits enfants

Notre destin ?
Beaucoup de choses en nous
sont plus vieilles que nous

 

Les comptes que nous rendons?

Si nous avons eu maille à partir avec la vérité
ce n’est pas parce que nous étions dans l’erreur,
mais constamment parce qu’elle est comme elle est

 

Notre conseil ?

Séparer le possible
de l’impossible

 

Notre chagrin ?

Que nous ayons pu être
ce que nous fûmes une fois –
ils nous avaient formés
à leur image
Jusqu’à ce que nous nous vîmes
dans des miroirs interdits

 

Nos fêtes ?

Sous des arbres
partager ensemble lumière et ombre

Au pianiste
jeter des grains de renommée

Taire les points d’orgue
après les notes du vignoble

Reiner Kunze, Un jour sur cette terre
trad. Mireille Gansel, editions Cheyne

Traduttore, traditore

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In 1888, when curious German readers pur­chased a translation of Hippolyte Bernheim’s On Suggestion and Its Therapeutic Applications, they encountered an intrusive translator who begged to differ with the author. The translator railed against those who might use Bernheim’s work to deny the reality of hypnosis and condude that all these accounts were based on a mixture of naive belief and trickery. Defending the scientists of hysteria from the charge that they were them­selves hysterically deluded, he attacked those who dismissed Charcot’s studies as worthless « errors in observation, » and retreated to the belief that hyp­nosis was « beyond scientific understanding. »

George Makari, Revolution in mind

Ce traducteur intrusif n’était autre que Sigmund Freud. A cette date il était encore à Vienne le défenseur des idées de Charcot, dont la théorie sur l’hypnose était remise en question par Bernheim. Mais quelques années plus tard c’est Charcot lui-même qui devait bénéficier d’une « traduction critique » de Freud.

« While these clouds lowered over Charcot, Freud was busy translating the neurologist’s Tues­day Lessons (Leyons du Mardi), which appeared in installments between 1892 and 1894. Again, in telling footnotes, the German translator begged to differ with the author, now over matters of heredity. Upon receiving page proofs with such amendments, Charcot replied to his Viennese acolyte:

By the way! I am delighted with the notes and critical comments that I encountered at the bottom on the pages of « the Leçons. » Go ahead—that’s fine! Vive la liberté!! as we say here. After this declaration I shall ask the same from you, to tell you that I am astonished to see the extent to which the theory of the syphilitic nature of tabes, and P.G.P., wreaks havoc right now amongst the best minds. Really, the figure 90% (assuming it to be accurate?) can it have so much influence on a stable mind!—what do you do then with the other 10%? »

ibid.

Je présume que la manière dont les traducteurs et préfaciers tentent de cadrer la réception de l’œuvre qu’ils présentent à un nouveau public a déjà été largement étudié par les historiens des sciences. Les tentatives de neutraliser le mordant d’une œuvre dérangeante donnent parois lieu à des polémiques mémorables comme ce fut le cas pour la préface frauduleuse d’Andreas Osiander au De revolutionibus orbium coelestium de Copernic.

 

Résoudre le problème en le supposant résolu

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« Au fond, le secret de la vie, c’est de faire comme si nous avions ce qui nous manque le plus douloureusement. Le précepte chrétien est là tout entier. Se convaincre que tout est créé pour le bien, que la fraternité humaine existe et si ce n’est pas vrai qu’importe? Le réconfort de cette vision consiste dans le fait d’y croire, non dans celui qu’elle soit réelle. Parce que si j’y crois, si toit, si lui, si eux y croient, elle deviendra vraie. »  »

Cesare Pavese, Le métier de vivre, 3 février 1941

Adieu au mur

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die mauer

Als wir sie schleiften, ahnten wir nicht,
wie hoch sie ist
in uns

Wir hatten uns gewöhnt
an ihren horizont

Und an die windstille

In ihrem schatten warfen
alle keinen schatten

Nun stehen wir entblößt
jeder entschuldigung

Reiner Kunze

1990

*

Le mur

Lorsque nous l’avons rasé, nous n’avions pas idée
comme il est haut
en nous

Nous nous étions habitués
à son horizon

Et au calme plat

Dans son ombre personne
ne jetait d’ombre

Maintenant nous voilà dépouillés
de toute excuse

traduction Mireille Gansel