Théorie du méta-complot

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« J’ai dit ailleurs que partout où il y avait un ministre chargé de surveiller les conspirateurs, l’on entendait sans cesse parler de conspiration. Cette triste vérité est applicable à tous les degrés de la hiérarchie exécutive. Dès que la découverte des complots est érigée en mérite, il se trouve des hom­mes qui aspirent à ce mérite et qui créent des complots pour les découvrir. Plus vous descendez dans les rangs inférieurs des agents de l’autorité ; plus vous rencontrez de nombreux exemples de ce zèle déplorable. Une race de sbires déguisés se répand dans les bourgs, dans les ateliers, dans les campagnes, captive la confiance de l’ignorance et de la misère; encourage le mécontentement, donne un corps aux désirs les plus fugitifs et les plus vagues, travestit en projets chaque geste de l’impatience et chaque cri de la douleur, et vient ensuite apporter en offrande les malheureux qu’elle a égarés pour les trahir, aux pieds d’une autorité qui accueille ce funeste hommage , et qui s’en fait valoir à son tour. »

Benjamin Constant, Cours de politique constitutionnelle, chap. XVII

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Limites de l’oppression

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L’oppression aussi connaît son seuil de contreproductivité.

« C’est une chose admirable et consolante que dans aucun temps, dans aucun pays l’oppression d’un peuple ne puisse être totale, et qu’il n’y ait pas eu un seul despote, je dis le plus cruel et le plus absolu dans le pays le plus soumis et le plus lâche qui n’ait trouvé quelqu’un qui l’ait consulté et trahi, ce qui est au surplus très naturel et très simple. Dès que les vices des rois sont devenus plus terribles que leur puissance, et qu’on a plus de maux à craindre de leurs caprices que de leur colère on brave celle-ci et on se révolte ouvertement contre ceux-là. Il y a une vérité certaine que l’histoire et le monde offrent sans cesse à tous les yeux, c’est qu’il est un degré de méchanceté, en deçà de la méchanceté extrême, auquel il n’est possible à aucun homme même au plus vicieux de parvenir. »

Joseph Joubert, Carnets II, p. 640

Miettes de Contes d’hiver

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« Pourtant, malgré tristesse et regrets, les survivants éprouvèrent au bout de quelques temps un vague soulagement comme il arrive toujours à la disparition d’un idéaliste. »

Karen Blixen, L’enfant rêveur, in Contes d’hiver, p. 186

– Que faire des enfants qui ne désirent pas être aimés, Vilhelm ?

Alcmène, p. 216

– A mon avis, le Seigneur a pris les choses un peu à la légère. Il n’a pas essayé de connaître suffisamment la condition humaine. Pourquoi a-t-il vécu seulement avec des charpentiers et des pêcheurs? Du moment qu’il était descendu sur notre terre il aurait^dû essayer de connaître la condition d’un grand seigneur, et pourquoi pas d’un roi. On ne peut pas dire qu’il a une parfaite  connaissance de la terre tant qu’il n’aura pas monté à cheval.

Le poisson, p. 259

Pour [Rosa], la meilleure preuve de la magnificence de la Providence, était sa présence à elle, Rosa, en ce monde : une Rosa charmante et sans défaut par la grâce de Dieu. »

Peter et Rosa, p.291

– … Je pense que mourir noyé est bien la mort la plus magnifique de toute

– Pourquoi te figures-tu cela ? dit Rosa qui avait peur de l’eau

– Je ne sais pas … c’est peut être à cause de cette masse d’eau. Car, si l’on y pense, il n’y a rien qui sépare les océans ; ils forment un tout. Si l’on se noie dans la mer, ce sont toutes les mers qui vous reçoivent ; je trouve que c’est magnifique.

Peter et Rosa, p. 295

En ce moment où elle consacrait toutes les forces de son être pour accueillir la mort, Rosa ne se désolait pas pour sa propre personne ; mais elle était affligée pour le reste du monde, qui allait perdre Rosa, et avec elle tant de beauté et de grâce bienfaisante.

Peter et Rosa, p.315

– Pourtant la question des profits et pertes est plus compliquée qu’elle n’en a l’air. Je vais vous dire quelque chose qu’il faut que vous sachiez : la plus célèbre toile qui ait jamais été tissée a été défaite chaque nuit.

Le champ de la douleur, p. 354

A quoi bon le printemps ?

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[…]

Pour qui pourtant les fleurs hormis toi que j’aimai
Et le plus beau printemps je ne saurai qu’en faire
Sans toi mais le plus bel avril le plus doux mai
Sans toi ne sont que deuil ne sont sans toi qu’enfer

Rendez-moi rendez-moi mon ciel et ma musique
Ma femme sans qui rien n’a chanson ni couleur
Sans qui Mai n’est pour moi que le désert physique
Le soleil qu’une insulte et l’ombre qu’une douleur

Louis Aragon, Le printemps in Le crève-cœur