Petits garçons devenus grands

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Grâce à Revolution in mind, la très recommandable histoire de la psychanalyse écrite par George Makari, je découvre l’existence de Karen Horney, une psychanalyste allemande  (« arguably the first great female psychoanalytic theoretician ») qui a semble-t-il inauguré  la critique féministe des théories freudiennes, en particulier de la fameuse (et fumeuse) « envie du pénis ».

« In this formulation we have it assumed as an axiomatic fact that females feel at a disadvantage in this respect of their genital organs, without being regarded as constituting a problem in itself—possibly because to masculine narcissism this has seemed too self-evident to need explanation. Nevertheless, the conclusion so far drawn from the investigations—amounting as it does to an assertion that one-half of the human race is discontented with the sex assigned to it and can overcome this discontent only in favorable circumstances—is decidedly unsatisfying, not only to feminine narcissism but also to biological science. »

Karen Horney, On the Genesis of the Castration Complex in Women

J’aime particulièrement ce passage qui se situe à al fin des quelques pages que George Makari consacre à Karen Horney :

« She openly stated that the entire edifice of psychoanalytic theory had tended to neglect female psychology, since its theoreticians were male. Horney bluntly compared the fantasies of little boys about girls with psychoanalytic theories of feminine development and concluded there was little difference. »

George MakariRevolution in Mind, HarperCollins, p.381

Un poème comme un coup de poing

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İYİMSER ADAM

Çocukken sineklerin kanadını koparmadı
teneke bağlamadı kedilerin kuyruğuna
kibrit kutularına hapsetmedi hamamböceklerini
karınca yuvalarını bozmadı
büyüdü
bütün bu işleri ona ettiler
ölürken başucundaydım
bir şiir oku dedi
güneş üstüne deniz üstüne
atom kazanlarıyla yapma aylar üstüne
yüceliği üstüne insanlığın

Bakü, 6 Aralık 1958

Nâzim Hikmet

 

*

L’OPTIMISTE

Enfant il n’a pas arraché les ailes des mouches
attaché des boîtes de conserve à la queue des chats
ni emprisonné les cafards dans des boîtes d’allumettes
ou détruit des fourmilières
il a grandi
et toutes ces choses on les lui fit
j’étais à son chevet quand il mourut
récite un poème dit-il
sur le soleil et sur la mer
sur les cuves atomiques et les lunes artificielles
sur la grandeur de l’humanité.

Bakou, 6 décembre 1958

trad. Munnever Andac, Guzine Dino

Homme-machine

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« Norman Malcolm rapporte que, dans un cours, Wittgenstein imaginait une tribu d’hommes qui considéreraient que leurs esclaves n’ont pas de sentiments, pas d’âmes, qu’ils sont des automates, en dépit du fait qu’ils ont des corps humains, un comportement et même, éventuellement, un langage identiques à ceux de leurs maîtres. « Wittgenstein se faisait fort d’essayer de donner un sens à cette idée. Lorsqu’un esclave se blesserait ou tomberait malade ou se plaindrait d’avoir mal, son maître essaierait de le guérir. Le maître le laisserait se reposer lorsqu’il serait fatigué, lui donnerait de la nourriture lorsqu’il aurait faim et soif, etc. En outre les maîtres appliqueraient aux esclaves nos distinctions usuelles entre les maladies authentiques et les maladies feintes. Dans ces conditions que pourrait-on vouloir dire en disant qu’ils avaient l’idée que leurs esclaves étaient des automates ? Eh bien, ils regarderaient leurs esclaves d’une façon particulière. Ils observeraient et commenteraient leurs mouvements comme s’ils étaient des machines (« Remarquez le mouvement uni de ses membres »). Ils les mettraient au rebut lorsqu’ils seraient usés et inutiles, comme des machines. Si un esclave recevait une blessure mortelle et se tordait et hurlait dans l’agonie, aucun maître ne détournerait les yeux sous l’effet de l’horreur ou n’empêcherait ses enfants d’observer la scène, pas plus qu’il ne le ferait si le plafond tombait sur une presse à imprimer. »

Jacques BOUVERESSE, La parole malheureuse, p. 447, ed. Minuit, 1971