Choses étonnantes à l’approche de la fin de l’année scolaire

Moment gênant

Lors d’une réunion pour l’harmonisation pour la correction de l’épreuve de spécialité, un collègue, à la suite d’un cheminement d’idées que je ne saurais pas restituer, en vient à parler de l’élargissement de la liste des auteurs du programme de philosophie « tronc commun ». Il se lance alors dans une tirade à propos des auteurs qui n’ont été ajoutés à la liste que pour la seule raison qu’ils sont de sexe féminins. Grand moment de gêne … Un autre collègue se risque à une timide défense de L’étonnement philosophique de Jeanne Hersch. Je ne sais pas ce qu’ont pensé ceux qui, comme moi ont préféré garder le silence sur ce sujet, mais ma propre gêne à ce moment mérite d’être analysée car elle m’a donné à penser que j’étais moi-même plus woke que je ne l’imaginais. Il se trouve que, moi aussi, je m’étais dit en parcourant la nouvelle liste que Jeanne Hersch n’avait été ajoutée dans la liste des auteurs au programme que pour gonfler le quota de femmes. Non pas que son entrée dans ce panthéon scolaire soit scandaleuse, le problème est plutôt que, si on juge pertinent de l’y faire entrer bien d’autres auteurs de sexe masculin en sembleraient tout aussi dignes.  Alors si ce que ce collègue disait était vrai, quel problème y avait-il à le dire ? En quoi consistait l’inconvenance ? Juste dans le fait que ce n’était pas le moment ? mais quand l’est-ce ? Finalement peut-être est-ce  plutôt le ton qui était embarrassant  … voilà qui ne mérite pas tant de véhémence mais peut-être simplement un sourire entendu.

Motif  surprenant

Un billet de retard – visé par la Vie Scolaire – qui m’ a été remis la semaine dernière était porteur du meilleur motif de retard qu’il m’ait été donné de lire en 20 ans de carrière : « accouchement de biquette ». Inutile, je pense de préciser la profession des parents de l’élève concerné.

Manœuvre d’évitement

Certains élèves savent feindre la naïveté, non pas dans une démarche socratique d’accouchement des esprits, mais plutôt dans le but de mettre le professeur dans l’embarras.

– Monsieur, mon camarade me parle de milf mais il ne veut pas me dire ce que c’est … vous pourriez m’expliquer.

– Je ne savais pas que votre camarade s’intéressait au Moro Islamic Liberation Front,  un mouvement de rébellion aux Philippines … cette curiosité pour la géopolitique est tout à son honneur.

Polonocentrisme

« Je me rappelle une dissertation sur le thème «Le Polonais et les autres peuples ». «Bien entendu, écrivis-je, il ne vaut même pas la peine de mentionner la supériorité des Polonais sur les Nègres et les Asiatiques, qui ont une peau repoussante. Mais leur supériorité est également indubitable par rapport aux autres peuples européens. Les Allemands sont lourds, brutaux, avec des pieds plats, les Français sont petits, menus et dépravés, les Russes – velus, les Italiens – c’est le bel canto. Quel soulagement de se sentir polonais : rien d’étonnant à ce que tous nous envient et veuillent nous balayer de la surface de la Terre. Seul, le Polonais ne provoque pas en nous d’aversion.» J’écrivis cela sans conviction, mais je sentais que tel était le langage du mystère et la naïveté même de mes affirmations m’emplissait de bonheur. »

Witold Gombrowicz, Mémoires de Stefan Czarniecki, in Bakakaï

Taciturnus toujours au top – semaine 21

Top 5 des trucs qui m’ont foutu les jetons quand j’étais enfant

1. La mort d’Anthony dans Candy

2. La couverture des Enfants sauvages de Lucien Malson chez France Loisir

Malson - enfants sauvages

3. Le (mauvais) film catastrophe Le pont de Cassandra

4. La scène du plancher qui se relève dans l’adaptation de L’île aux trente cercueils avec Claude Jade.

5. L’illustration montrant Daniel dans la fosse aux lions dans ma Bible des enfants.

Daniel dans la fosse aux lions

Vanité

VANITÉ

Je me dépouillerai de tout mon orgueil
Sauf celui que j’ai de Toi,
J’avertirai tous les autres, le jour
Où me parviendra la poussière de Tes pieds.

Comment garderai-je secret
Ton appel lorsqu’il me parviendra ?
Toutes mes paroles et tous mes actes
Ne seront que reflets de Ton culte.
Je me dépouillerai de tout mon orgueil
Sauf mon orgueil de Toi.

Quel que soit l’honneur que mes actions m’ont valu
Il sera très loin de moi,
Sauf Ton honneur dans mon esprit et mon corps
Retentira à l’unisson.

Même les passants lors du parcours
Sauront déchiffrer Ton message en regardant mon visage
Lorsque je vais m’asseoir distraitement
Sur le rebord de la fenêtre de l’univers.
Je me dépouillerai de tout mon orgueil
Sauf mon orgueil pour Toi.

Rabindranath Tagore, Tantôt dièse tantôt bémol, ed. Orphée La différence, trad. P. Mukherjee

Heureuse humilité

On conviendra qu’il n’est pas très agréable de se sentir nul. Pourtant on aurait tort de négliger un effet secondaire potentiellement plaisant du sentiment d’insignifiance. En effet pour celui qui se sent trop nul pour mériter l’attention d’autrui, de petits égards ne sont pas « la moindre des choses », mais des grâces qui donnent l’occasion d’éprouver la joie de la gratitude.

Bêtise en première personne

« Il est impossible de parler de bêtise sans parler de soi. Et inversement, impossible de parler de soi sans parler de bêtise. On a beau dire : les plus vifs souvenirs de cas de bêtise qu’ait chacun, ce sont toujours les preuves qu’il s’est données de sa bêtise à lui. Chacun sait très bien ce que c’est, et ceux qui parlent de la bêtise comme d’une expérience extérieure mentent, ou si l’on veut, romance,t. Les phrases qui commencent par « les imbéciles… », comme chez Bernanos, ne sont vraiment bien comprises que comme annonçant une confession. Pourquoi serait-il si décourageant de parler de soi si ce n’était pas à cause de cela, qu’il va falloir ou mentir, ou parler de bêtise? »

Dionys Mascolo, Sur ma propre bêtise et celle de quelques autres in La révolution par l’amitié, La fabrique éditions, p. 201

L’impuissance de Dame Fortune

Il y a 5 ans j’avais attiré votre attention sur les variantes textuelles de la Maison bleue de Maxime Le Forestier. Aujourd’hui je souhaite partager ma découverte des variantes du Temps des cerises.

J’avais toujours cru que Dame Fortune en m’étant offerte ne pourrait jamais calmer ma douleur

Mais en fait, il se pourrait qu’elle ne puisse pas fermer ma douleur.