Jeunesse perdue

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[…]

Le lieu de ma jeunesse m’est inaccessible

J’étais jeune la pluie arrosait mes jardins
La fumée du soleil enivrait mon sommeil
J’étais jeune je jouais comme un rire respire
J’avais pour le présent la passion des naïfs

Je ne suis plus le même l’ombre m’a gagné

Non je ne tenais pas à devenir un homme
Mes mouvements d’espoirs étaient involontaires
Aujourd’hui l’avenir ne naît plus dans mon cœur
Je calcule demain à partir de ma mort

Paul Eluard, L’enfance maîtresse in Une leçon de morale

L’égoutier du grand songe

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Je largue les amarres qui me tiennent lié à la terre,
l’arc-en-ciel qui m’attache à tous les autres hommes,
les bandages qui cousent ma plaie aux autres plaies,
je quitte le lit des vivants,
les grandes voix des morts aux racines terribles
les photos de famille sur le métal des foires
et le ventre où m’attend le nouveau-né du cœur.
Voici la vérité, je suis seul,
seul dans ma propre nuit où mon ombre se couche
dans la chose qui fuit je me touche et me perds
égoutier du grand songe,
ma main me pousse pleine de lignes, de racines,
– ai-je vraiment manqué de foi ?
Je grimpe les Alpes de force et je n’ai pas de guide
je ne suis pas alpiniste,
je n’ai pas demandé le danger, il est là,
je n’aime pas marcher, qui est-ce qui marche en moi ?
[…]

Benjamin Fondane, Ulysse, XVII

Discrétion miraculeuse

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L’exégèse des évangiles n’a pas l’air d’être une partie de rigolade, on y trouve cependant quelques occasions de sourire comme avec ce commentaire du récit de la résurrection de  la fille de Jaïre :

Ressusciter les morts d'accord, mais dans la discrétion, il ne faut pas déconner !

Ressusciter les morts d’accord, mais dans la discrétion, il ne faut pas déconner !

« Selon son habitude, Marc a inséré en 5, 43, à la fin d’un récit de miracle, une recommandation de silence ; mais cette recommandation trouve ici encore moins de signification que n’importe où ailleurs dans l’évangile. En effet, les messagers venus de chez Jaïre avaient annoncé la mort de la jeune fille en présence de toute la foule, avant que Jésus ne laisse celle-ci en retrait (v. 35-37). Lorsque Jésus arrive chez Jaïre, un groupe de gens en deuil, probablement de la famille et des amis, s’étaient déjà rassemblés et pleuraient la mort de la jeune fille ; et quand Jésus annonce que la jeune fille n’est pas (définitivement) morte; ils se moquent de lui (v. 38-39). Face à une telle divulgation de la mort de jeune fille, la recommandation de silence absolu est absurde. Avec les gens du deuil encore dehors et la jeune fille ex-morte courant dans la maison et dévorant son repas, il y a quelque chose de ridicule à vouloir que les parents puissent garder le secret, même pour un temps relativement court, sur le retour de leur fille à la vie. Manifestement Marc est si obnubilé par son thème théologique du secret à garder et des « épiphanies secrètes » qu’il ne fait même pas attention ici à la vraisemblance du récit. »

John P. Meier, Un certain juif Jésus, Tome II, p. 565

Dis bonjour au monsieur !

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Den Gruß des Unbekannten ehre ja!
Er sei dir wert als alten Freundes Gruß.
Nach wenig Worten sagt ihr Lebewohl!
Zum Osten du, er westwärts, Pfad an Pfad —
Kreuzt euer Weg nach vielen Jahren drauf
Sich unerwartet, ruft ihr freudig aus:
« Er ist es! ja, da war’s! » als hätte nicht
So manche Tagefahrt zu Land und See,
So manche Sonnenkehr sich drein gelegt.
Nun tauschet War um Ware, teilt Gewinn!
Ein alt Vertrauen wirke neuen Bund —
Der erste Gruß ist viele tausend wert,
Drum grüße freundlich jeden, der begrüßt!

Johann Wolfgang von Goethe, West-östlicher Diwan

*

Le salut de l’inconnu, tiens le en honneur !
Qu’il te soit aussi précieux que le salut d’un vieil ami,
Après quelques,paroles, vous vous dites adieu !
Vous allez votre chemin : toi vers l’Orient, lui vers le couchant.
Et si, après bien des années, vos routes se croisent
A l’improviste, vous vous exclamez avec joie :
C’est lui! Oui, c’était là ! comme si, dans l’intervalle,
mainte journée de voyage sur terre et sur mer,
Mainte révolution du soleil n’avaient trouvé place.
Échangez maintenant vos marchandises, partages vos gains !
Qu’une vieille confiance enfante une alliance nouvelle.
Le premier salut en vaut mille et mille ;
C’est pourquoi salue amicalement qui te salue.

trad. Henri Lichtenberger

Mourants vivants

SOIR

L’heure est venue
d’être sincères,
l’heure des larmes
sans consolation,
la dernière heure avant
le grand silence.
Ôtez vos habits,
votre chair, vos os,
et lancez loin de vous
votre cœur malade.
Larmes et salut ! amis.
Attendez les vents
chargés de semences
et de paysages inouïs.
Fleurissez et arrachez
votre floraison de nouveau,
habits ineffables,
cœur, chair et os.
Larmes et salut, amis.
Face à la mer des vents
pour être vivants à jamais
soyons d’éternels mourants.

Federico Garcia Lorca

Blowing in the wind

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To a Child dancing in the Wind

Dance there upon the shore;
What need have you to care
For wind or water’s roar?
And tumble out your hair
That the salt drops have wet;
Being young you have not known
The fool’s triumph, nor yet
Love lost as soon as won,
Nor the best labourer dead
And all the sheaves to bind.
What need have you to dread
The monstrous crying of wind?

W.B. Yeats