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Un an après m’être plongé dans Les années d’apprentissage de Wilhelm Meister, j’ai décidé de me lancer dans les Affinités électives. Comme pour le Meister, je dois confesser avoir été un peu déçu. Cette déception était prévisible puisque, d’une, part mes attentes étaient essentiellement fondées sur le titre que j’ai toujours trouvé magnifique (ce qui est une base bien fragile pour se faire une idée de la valeur d’un ouvrage, on en conviendra), et que d’autre part j’avais été mis en garde par un passage de En lisant en écrivant, que j’ai cité l’année dernière. Soit dit en passant, je partage finalement le jugement de Julien Gracq et je placerai  Werther très au dessus du 1er Meister et des Affinités (je n’ai pas lu le 2e Meister : Les années de voyage de Wilhelm Meister, mais je ne suis pas très motivé pour le faire dans l’immédiat).

Je vais essayer de mettre par écrit mes impressions de lecture avec deux caveats, 1° ce ne sera pas très organisé (je viendrai peut être rajouter de nouveaux éléments après coup) 2° je vais spoiler le roman.

Je partage le reproche d’abstraction que  Gracq adresse aux long romans de Goethe, mais pour ce qui concerne les Affinités électives j’ai été moins sensible que lui au fait que Goethe « traite le monde extérieur comme une épure » ; c’est l’abstraction dans le compte-rendu même du développement des sentiments qui me laisse sur ma faim.  Il y a  comme une abstraction de la temporalité psychologique qui se manifeste dans le fait que certains sentiments « passent » trop vite. Que Charlotte résiste à son attirance pour le Capitaine tandis qu’Edouard, s’abandonne à celle qu’il éprouve pour Ottilie, fort bien, mais je trouve qu’elle renonce bien facilement et rapidement, comme si le réalisme psychologique était sacrifié aux contraintes d’une construction narrative qui prévoit que l’un s’efforcera de sauver un couple auquel l’autre renonce. Il y a un 2e exemple encore plus frappant qui fait d’ailleurs écho à un élément qui m’avait choqué dans Wilhelm Meister : dans le Meister, le corps de Mignon est à peine froid qu’on débat du destin matrimonial de Wilhelm, dans les Affinités électives, le bébé de Charlotte et Edouard vient à peine de mourir que l’on se consacre aux formalités du divorce. J’imagine Goethe s’adressant à ses personnages en leur disant, « allez, allez, on ne s’attarde pas à pleurer, j’ai une intrigue à boucler moi … ».

[ en cours d’écriture]