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Après avoir fini Les affinités électives je me suis lancé dans L’adolescent, l’avant dernier et le moins connu des grands romans de Dostoïevski (comme le précise la 4e de couverture de l’édition Folio).  C’est un ouvrage pour lequel l’expression « intrigue touffue » relève de l’euphémisme (cette densité est encore plus impressionnante si on tient compte du fait que le temps censé s’écouler entre le début de la narration et sa fin est fort restreint). Je suis d’ailleurs assez admiratif de la manière dont l’article de Wikipédia consacré à ce roman réussit à proposer un résumé presque compréhensible (l’essentiel de l’astuce de l’auteur du résumé pour éviter la confusion, consiste à ne faire intervenir qu’à partir de la 2e partie des personnages qui sont en fait présents dès la 1ere).

Mes conseils si vous voulez vous lancer dans cet ouvrage :

Prévoyez une plage de 4 jours où vous ne serez pas dérangés dans votre lecture. Si vous deviez interrompre votre lecture quelques jours le risque est grand que vous ayez du mal à reconnecter tous les éléments.

Prévoyez une  feuille pour noter les noms des personnages et certaines de leurs caractéristiques. (l’article de Wikipédia mentionne 29 personnages mais il n’est pas exhaustif). Attention il y a des pièges : parfois un nom est donné, juste comme ça, et on entendra plus jamais parler du personnage et parfois il se révèle qu’il fallait être très attentif à ce qui a été dit de lui au départ car c’est important pour la suite …

J’ai lu les autres grands romans de Dostoïevski il y a longtemps (Les possédés, Crime et Châtiment et Les frères Karamazov en 1ere, L’idiot pendant mon service militaire) et je n’avais pas eu besoin de cette dernière mesure, j’aimerais croire que c’est parce que L’adolescent est pire du point de vue de la complexité que ces autres romans, mais j’ai bien peur que ce ne soit le symptôme du déclin de mes facultés cognitives).

Une des choses qui m’a peut être le plus fait apprécier ce roman c’est que me reconnais dans cette alternance, chez le narrateur, de phases d’exaltation et de phases de honte et d’humiliation. Le personnage donne d’ailleurs l’impression d’être incapable d’apprendre de ses erreurs puisque, bien qu’ayant été accablé par la conscience d’avoir été « à côté de la plaque » dans ses précédents moments d’exaltation, il repart pour un tour à la première occasion. C’est d’ailleurs un défaut qu’il se reconnaît en l’observant chez un autre personnage :

« Il est porté à se repentir, toute sa vie, sans relâche, mais jamais il ne se corrige, d’ailleurs ça aussi , peut être, c’est comme moi »

trad. Pierre Pascal, Folio, p.320

Sur cette question de l’apprentissage il faut cependant mentionner cette remarque que fait le narrateur à l’approche du terme de son récit :

« Après avoir terminé, la dernière ligne écrite, j’ai senti tout à coup que je m’étais rééduqué moi-même, précisément par ce processus de rappel et d’enregistrement de mes souvenirs. »

ibid. p. 603

Mais qui sait si on n’a pas encore là une affirmation exaltée dont le narrateur reviendra après le terme du roman ?