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Le chanoine et physicien belge Georges Lemaître est considéré comme un des fondateurs de la théorie du Big Bang. Ses pratiques d’enseignant (on verra que le terme de méthode n’est peut-être pas très approprié) n’ont pas la notoriété de ses découvertes de chercheur mais elles ne manqueront pas d’inspirer des lecteurs en quête de disruption Big Bang pédagogique.

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« Quel genre de professeur était Georges Lemaître ? Tous les avis concordent pour dire que le style pédagogique de Lemaître était assez perturbant pour les étudiants, et ce pour deux raisons. D’abord et avant tout parce qu’il ne procédait que très rarement de manière linéaire et systématique. Ensuite parce que la matière n’était pas toujours adaptée à l’auditoire qu’il avait devant lui.

Nous avons vu que Lemaître est moins attiré, dans ses recherches, par la systématisation, la synthèse que par la résolution de problèmes, d’énigmes ou par l’ex­périmentation numérique sur des situations « où il se passe quelque chose». Dans ses cours, il suit ce penchant de son intelligence. Il commence par exposer un problème qu’il tire éventuellement d’un livre qu’il a sous les yeux. Il se lance alors dans la résolution de ce problème par une méthode d’essais et d’erreurs où l’étudiant le voit jongler avec des formules qui ne donnent pas toujours le résultat escompté. Cela provoque de temps à autre une petite saute d’humeur du chanoine, qui quitte la salle de cours en renvoyant la solution exacte au cours prochain ou à un ouvrage de référence, ou encore des temps meilleurs où la technologie des machines sera plus avancée!
Ce genre de pédagogie est lié au fait que le cosmologiste ne passe pas beaucoup de temps à préparer ses cours. Ses cahiers de retraite montrent qu’il avait du mal à dompter le jaillissement incessant de sa pensée et à se discipliner dans le domaine des cours.
[…]

Les examens de Lemaître sont à l’image de son enseignement : originaux. Georges Lemaître a toujours été très clément aux examens. Il sait que son type d’enseignement ne lui permet pas de soumettre les étudiants à des tests trop sévères. Il propose d’ailleurs à l’étudiant de s’évaluer lui-même avant de commencer l’examen. Suivant l’auto-évaluation de l’étudiant, qui fixe la borne supérieure des points qu’il peut obtenir il lui donne une question plus ou moins facile. Il lui arrive aussi de donner les questions d’examens et de partir pendant plus d’une heure en laissant les étudiants seuls. À d’autres moments, il distribue des notes sans faire passer l’examen, mais seulement pour se faire pardonner d’être en retard. En effet, il lui arriva un jour de juillet d’oublier qu’il avait examen l’après-midi. Il revint du restaurant Majestic assez tard et, voyant une file d’étudiants devant son bureau, il prit conscience de son oubli. Il lança alors d’une voix forte: «13 pour tout le monde! » Les étudiants se retirèrent contents, surtout ceux qui n’avaient pas étudié ou compris le cours du chanoine… »

Pour la science, Les génies de la science, n°30 avril 2007

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