Si on devait mourir demain …

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DE LA VIE

A supposer qu’on doive subir
                               une grave intervention
Cela signifie que peut-être
On ne pourra jamais se relever de la table d’opération.
Bien qu’il ne soit pas possible de ne pas ressentir
                            la tristesse
                                     de s’en aller un peu trop tôt,
Nous rirons quand même
                                 de l’anecdote du Bektachi.
Nous regarderons par la fenêtre
                                    si le temps est pluvieux
Ou encore nous attendrons encore avec impatience
                                  les dernières nouvelles à la radio.
Supposons que nous sommes au front
Pour des raisons qui valent la peine de se battre,
Et là, dès le premier jour, dès la première attaque
Nous pouvons tomber à plat ventre et mourir,
Nous le saurons, une rage bizarre au cœur
        mais nous serons passionnément curieux
                           de l’issue de cette guerre
                                   qui durera peut-être des années.
Supposons que nous sommes en prison,
que nous approchons de la cinquantaine,
et que dix-huit ans devront s’écouler
avant l’ouverture de la porte de fer
Et pourtant nous vivrons avec le monde du dehors
avec ses hommes, ses animaux, ses luttes et ses vents,
               avec le monde de l’autre côté des murs.
Bref, où que l’on soit, quelles que soient les circonstances,
                                   il s’agit de vivre
Comme si on ne devait jamais mourir.

Nâzim Hikmet (1948)

 

Prends des nouvelles de ton ex …

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… tu recevras peut-être une lettre géniale.

Piotr Ivanovitch Iourkevitch fut le premier amour de Marina Tsvetaieva. Ils se côtoient pendant l’été 1908, elle a alors 15 ans. De trois ans plus agé, il est le frère de l’une de ses camarades de classe.

Lorsqu’il lui écrit huit ans plus tard, voici la lettre qu’il reçoit en retour :

 

Moscou, 21 juillet 1916

Cher Petia,

Je suis très contente que vous vous soyez souvenu de moi. La conversation humaine est une des jouis­sances les plus profondes et les plus subtiles de la vie : on donne le meilleur — son âme, on prend la même chose en échange, le tout avec légèreté, sans les difficultés et l’exigence de l’amour.

Longtemps, longtemps, — depuis ma toute petite enfance, aussi loin que je me souvienne — j’ai cru que je voulais qu’on m’aime.

Maintenant je sais et je dis à chacun : je n’ai pas besoin d’amour, j’ai besoin de compréhension. Pour moi c’est cela l’amour. Et ce que vous appelez l’amour (sacrifices, fidélité, jalousie), gardez-le pour d’autres, pour une autre, — moi, je n’en ai pas besoin. Je ne peux aimer que quelqu’un qui, par une journée de prin­temps, me préférera un bouleau. — C’est ma formule.

Je n’oublierai jamais la fureur dans laquelle m’a mise, un jour de ce printemps, quelqu’un — un poète [il s’agit d’Ossip Mandelstam] , une créature charmante, je l’aimais beaucoup — qui, alors qu’il traversait avec moi le Kremlin, sans un regard pour la Moskova et les églises, me parlait sans relâche et toujours de moi. Je lui ai dit : « Vous ne comprenez donc pas que le ciel — levez la tête et regar­dez ! — est mille fois plus que moi, vous pensez donc que par une journée pareille je peux penser à votre amour, à celui de qui que ce soit. Je ne pense même pas à moi, pourtant, je m’aime à ce qu’il paraît »

J’ai d’autres misères encore avec mes interlo­cuteurs. J’entre si impétueusement dans la vie de chaque personne rencontrée qui à un titre ou un autre me paraît aimable, je veux tellement l’aider, « compa­tir » qu’elle s’effraie — soit du fait que je l’aime, soit du fait qu’elle va se mettre à m’aimer et que sa vie de famille s’en trouvera affectée.

Cela ne se dit pas, mais j’ai toujours envie de dire, de crier : « Mon Dieu, Seigneur ! Mais je ne veux rien de vous. Vous pouvez partir et resurgir, partir et ne jamais revenir — tout m’est égal, je suis forte, je n’ai besoin de rien, excepté de mon âme ! »

J’attire les gens : aux uns, il semble que je ne sais pas encore aimer, aux autres — que je vais magnifique­ment et inévitablement me mettre à les aimer, aux troisièmes, plaisent mes cheveux courts, aux quatrièmes, que je les laisserai pousser pour eux, tous imaginent quelque chose, exigent quelque chose — d’autre, inévi­tablement, — oubliant que tout est quand même parti de moi et que si je ne les avais pas approchés, rien ne leur serait même venu à l’esprit, vu ma jeunesse.

Or, je veux de la légèreté, de la liberté, de la compré­hension, — ne retenir personne et que personne ne me retienne ! Toute ma vie est une idylle avec mon âme, avec la ville où je vis, avec l’arbre au bord du chemin, — avec l’air. Je suis infiniment heureuse.

J’ai beaucoup de poèmes, aussitôt la guerre finie je publierai deux recueils d’un coup. Voici un poème du dernier :

Suit le poème « Viendra un jour… »

[…]

Marina Tsvetaïeva, Vivre dans le feu, p. 127 – 128

Sans nouvelles

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1. Longtemps Celui qui tient mon cœur n’a envoyé de message.
Il n’a pas écrit un mot, n’a adressé nul salut.

2. J’ai expédié cent lettres et ce Roi des chevaliers
n’a pas lancé un courrier, n’a envoyé nul message.

3. Vers moi l’ensauvagé à la raison enfuie,
Il n’a envoyé personne à l’allure de gazelle, gracieuse comme perdrix.

4. Il savait que l’oiseau de mon cœur allait s’échapper ,
et il n’a envoyé nul piège, lignes écrites pareilles à une chaîne.

5. Au secours ! Car cet Échanson aux lèvres de sucre et ivre
savait que je suis en manque de vin, et il n’a pas envoyé de coupe !

6. J’eus beau me vanter de miracles et de stations spirituelles,
Il ne m’envoya aucune information sur aucune station.

7. Hâfez, soit raisonnable, car il n’y a rien à objecter
si le Roi n’adresse de message à un serviteur !

Hâfez de Chiraz, Le Divân, Ghazal 105

Plaisir d’offrir, joie de recevoir

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Lieblich ist des Mädchens Blick, der winket;
Trinkers Blick ist lieblich, eh er trinket,
Gruß des Herren, der befehlen konnte,
Sonnenschein im Herbst, der sich besonnte.
Lieblicher als alles dieses habe
Stets vor Augen, wie sich kleiner Gabe
Dürftge Hand so hübsch entgegendränget,
Zierlich dankbar, was du reichst, empfänget.
Welch ein Blick! ein Gruß! ein sprechend Streben!
Schau es recht und du wirst immer geben.

Johann Wolfgang von Goethe, West-östlicher Diwan

 

*

Doux est le regard de la jeune fille qui te fait signe,
Doux est le regard du buveur au moment où il va boire,
Et le salut du seigneur qui pourrait commander,
Et le rayon du soleil d’automne qui nous réchauffe.
Mais plus tout que tout cela garde
Toujours présent à tes yeux, comment vers un un modeste don,
S’allonge si gentiment un main indigente,
Recevant avec une gracieuse reconnaissance ce que tu lui tends.
Quel regard ! Quel salut ! Quel désir éloquent !
Regarde le bien, et tu donneras toujours.

trad. Henri Lichtenberger

 

Historique vs historique

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« Je choisis délibérément de ne pas m’appuyer sur la distinction classique, que l’on trouve chez de nombreux auteurs allemands, entre « historisch » (= historique : simple fait, dont l’existence est attestée par l’histoire) et « geschichtlich » historique : événement durablement marquant, réalité significative). Le premier sens du mot  « historique » (« historisch ») évoque les ossements nus et desséchés de notre connaissance du passé ; le chercheur s’abstient d’y voir une quelconque relation ou influence concernant notre vie d’aujourd’hui et notre quête du sens. Imaginez, par exemple, un historien spécialiste de la Babylone antique, poussé par sa seule soif d’exactitude, qui tenterait d’établir une chronologie précise des rois de Babylone en un siècle donné. Une telle étude « historique » aurait pour objet un passé mort, examiné par le regard froid et objectif du chercheur, intéressé par les pures données vérifiables recherchées pour elles-mêmes. Par contre, le second sens du mot « historique » (« geschichtlich ») évoque un passé qui a du sens et qui interpelle, qui passionne et provoque à la réflexion les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Imaginez, par exemple, un étudiant noir écrivant une thèse sur Martin Luther King junior. Il ne fait pas de doute que notre jeune chercheur explorerait les faits avec soin ; mais, pour cet étudiant, la figure de King ne pourrait jamais être une simple donnée momifiée dans le passé. Inévitablement, l’étudiant choisirait, agencerait et soulignerait certaines données qui lui sembleraient parlantes pour les problèmes et les espérances d’ aujourd’hui.
En principe, cette distinction entre les deux sens du mot « historique » peut s’appliquer à Jésus tout autant qu’à n’importe quel autre grand personnage du passé. En théorie, on peut faire de lui l’objet d’une recherche scientifique froide et distante, ou bien on peut voir en lui la source et le centre, chargés de sens, de la pensée et de la vie chrétiennes à travers les siècles, un personnage que des millions de gens vénèrent encore aujourd’hui.
Il est vrai que cette distinction entre les deux sens du mot « historique » (historisch-geschichtlich) apparaît souvent dans la recherche sur Jésus, notamment dans les milieux fortement influencés par la tradition bultmannienne. Cependant je doute toujours de son utilité actuelle pour les chercheurs qui ne sont pas de langue allemande, et cela pour quatre raisons. 1) Après environ un siècle d’usage, la distinction demeure ambiguë et son sens ou sa fonction varie d’un auteur à l’autre. Il y a même certains auteurs allemands qui n’en tiennent pas compte. 2) Cette distinction, utilisée en principe pour faciliter la recherche objective, entraîne souvent avec elle toute une surcharge d’intentions théologiques et idéologiques. 3) La distinction entre ces seuls deux termes ne rend pas compte de la complexité de la situation. 4) Si elle se défend en théorie, cette distinction est inefficace dans le monde réel, y compris dans le monde « réel » de la recherche.
Tout d’abord, cette distinction n’a pas toujours le même sens et ne fonctionne pas toujours de la même manière chez les différents auteurs qui l’utilisent. Martin Kähler (1835-1912), qui appliqua cette distinction à Jésus au XIXe siècle, le fit dans le but de défendre une forme particulière de « piétisme critique », apparue vers la fin du siècle dans le protestantisme allemand ; cependant même lui n’appliqua pas toujours sa propre distinction avec une parfaite rigueur. Son objectif était sans doute de protéger les enseignements fondamentaux de la tradition chrétienne sur Jésus-Christ (par exemple, sa véritable divinité et sa véritable humanité à l’exception du péché) contre les empiètements de la critique historique
Ce n’était pas exactement la préoccupation de Rudolf Bultmann (1884-1976) lorsqu’il reprit cette distinction au XXe siècle dans la synthèse qu’il fit du christianisme et du courant existentialiste de Martin Heidegger. Bultmann est en plein accord avec Kähler pour insister sur la proclamation (kérygme) de la mort de Jésus et de sa résurrection comme thème central de la foi chrétienne et pour refuser de faire du Jésus historique le fondement ou le contenu de cette foi. Mais Bultmann pousse la distinction dans un sens où Kähler ne l’aurait certainement pas suivi. Car pour Bultmann, peu importe que Jésus ait effectivement connu sur la croix une crise de désespoir ; le seul fait que Jésus soit mort sur la croix suffit à la foi chrétienne, c’est-à-dire à la rencontre entre le croyant et Dieu. Alors qu’il est possible de connaître quelque chose de l’enseignement de Jésus, « nous ne pouvons pratiquement rien savoir de la vie et de la personnalité de Jésus, parce que les sources chrétiennes en notre possession, très fragmentaires et envahies par la légende, n’ont manifesté aucun intérêt sur ce point ». Devant une telle affirmation, le lecteur peut éprouver la désagréable impression que le Christ historique, le Christ kérygmatique, le Christ de la foi exalté par Bultmann ressemble étrangement à un mythe gnostique intemporel ou à un archétype jungien, malgré l’insistance mise par Bultmann sur l’historicité du Jésus crucifié, qui est bien le même que celui du kérygme de la prédication chrétienne.

[…]

Cette distinction devient encore plus problématique quand, au sein du luthéranisme allemand du XXe siècle, certains chercheurs de premier plan contestent sa validité ou l’ignorent purement et simplement, alors que c’ ait le luthéranisme allemand qui était à l’origine de cette distinction. […] Albert Schweitzer ne veut pas en entendre parler. Indigné et caustique, il remarque que le Jésus historique-geschichtlich (événement durablement marquant), est responsable de maux innombrables tout au long des siècles, depuis la destruction de la culture antique jusqu’aux exactions du Moyen Âge et aux tentatives faites par le catholicisme pour détruire « les nombreuses réalisations dues au progrès dans l’époque moderne ». Qui voudrait abandonner le Jésus historique-historisch pour cette figure historique-geschichtlich » ?

[…]

En outre, se pose un deuxième problème : la distinction conduit presque inévitablement à une présentation des choses du type « bons contre méchants ». Ou bien on met en avant le Jésus « historique-simple fait » en vue de détrôner un Christ de la foi qui n’aurait été rien d’autre que l’invention frauduleuse de l’Église (comme le firent de nombreux auteurs, de Reimarus à Hollenbach), ou bien on exalte la figure du Christ « historique — événement durablement marquant » pour s’opposer aux reconstructions incertaines et contradictoires du Jésus « historique-historisch » (comme le font Kähler et ses disciples, parmi lesquels de nombreux théologiens « dialectiques », comme Barth et Bultmann après la Première Guerre mondiale). Cette distinction, il est vrai, ne devrait pas nécessairement entraîner des jugements de valeur ou des choix théologiques, mais c’est ce qui se produit depuis près d’un siècle. Tout ce qui se passe, semble-t-il, c’est que de nouvelles lignes théologiques remplacent les anciennes, comme par exemple la théologie de la libération ; le jeu des bons contre les méchants continue.
Il y a aussi un troisième problème : si la dichotomie entre les deux sens du mot      « historique » s’applique assez bien à la plupart des personnages célèbres du passé, elle ne rend pas compte de la complexité du cas de Jésus. Norman Perrin a fait remarquer que, dans le cas particulier de Jésus, il serait préférable de distinguer trois sens différents. 1) On rassemble des éléments historiques descriptifs (connaissances « dures ») concernant un individu de l’Antiquité nommé Jésus de Nazareth ; c’est le niveau « historique — simple fait dont l’existence est attestée par l’histoire ». 2) On peut alors entreprendre de mettre en valeur et de s’approprier certains aspects de cette connaissance historique qui auraient une signification pour nous aujourd’hui. C’est le niveau « historique — événement durablement marquant, réalité significative ». Mais on pourrait en faire tout autant avec Socrate, saint Augustin ou Sigmund Freud. N’importe quel grand penseur
ou acteur du passé peut être étudié froidement au niveau des faits isolés et de la chronologie pure, ou bien au niveau d’une synthèse de sa pensée et de son action, significative et pertinente pour nous aujourd’hui. Dans ce dernier sens, on pourrait s’engager derrière les « orientations » de Socrate ou de Freud, on pourrait être enthousiasmé et subjugué par la personnalité de Thomas More ou de Thomas Jefferson. De la même manière, on pourrait être personnellement fasciné par le Jésus « historique — durablement marquant », que l’on soit juif, bouddhiste ou agnostique. 3) C’est pourquoi ce deuxième niveau doit être soigneusement distingué d’un troisième niveau, à savoir la reconnaissance, dans la foi, de Jésus comme Seigneur et Christ, l’attitude de foi qui me conduit à appeler Jésus mon Seigneur et mon Sauveur. Aux yeux du croyant, ce troisième niveau est le territoire propre et exclusif de Jésus. À la différence du premier et du deuxième niveaux, il ne peut s’appliquer à aucun autre personnage de l’histoire ancienne.

[…]
Outre ces difficultés, résultant de l’usage du terme par Kähler et Perrin, la distinction entre les deux sens du mot « historique » pose un dernier problème, qui rend peu fonctionnelle son application à Jésus. Cette distinction suppose que des chercheurs étudient ou puissent étudier la vie de Jésus et son enseignement de façon approfondie, sans s’intéresser le moins du monde à l’influence de tout cela sur l’histoire et sur les gens qui y réfléchissent aujourd’hui. Certes, c’est théoriquement possible à l’université de Phnom Penh ou pour un professeur associé venant de la planète Mars. Mais est-il vraiment concevable qu’un chercheur du monde occidental, qu’il soit chrétien, juif ou agnostique, entreprenne une étude approfondie du Jésus historique sans éprouver pour les matériaux placés sous son microscope le moindre intérêt ou la moindre antipathie d’ordre
philosophique ou religieux ? Partout dans le monde, on continue d’étudier Jésus parce que, pour des raisons très différentes, les marxistes, les bouddhistes, les agnostiques sont tous fascinés par ce Juif énigmatique. Comme Bultmann ne s’est jamais lassé de le dire, nous abordons tous l’exégèse de l’Écriture avec nos propres présupposés, nos préjugés, nos intérêts. Cela revient à reconnaître que notre quête du Jésus « historique/simple fait dont l’existence est attestée par l’histoire » contient également, dès le départ, une certaine forme d’intérêt pour le Jésus « historique/événement durablement marquant, réalité significative ». Le premier et le deuxième niveaux évoqués par Perrin sont inextricablement entremêlés dans le monde humain de chair et de sang où vivent les chercheurs. »

John P. Meier, Un certain juif Jésus I, Cerf, p. 32-37

Il n’y a qu’une vie c’est donc qu’elle est parfaite

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Tous deux nous savons bien que le mal nous menace
Mais nous sommes certains des pouvoirs de l’amour
Elle est mon intention de vivre sans regret
De vivre sans souffrir de vivre sans mourir

Je suis ensoleillé car elle est le soleil
Je l’aime à travers tout je sais toutes les routes
Par où la retrouver mon agnelle et ma laine
Ma sœur et ma vigueur ma chaleur fraternelle

Il n’y a qu’une vie c’est donc qu’elle est parfaite.

Paul Eluard, Une leçon de morale

Poète voyant vs poète non voyant

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Poetik

Für Jakob Ekier

So viele antworten gibt’s,
doch wir wissen nicht zu fragen

Das gedicht
ist der blindenstock des dichters

Mit ihm berührt er die dinge,
um sie zu erkennen

Reiner Kunze, Entlang dem staunen

 

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Art poétique

Pour Jakob Ekier

Il y a tant de réponses
mais nous ne savons pas questionner

Le poème
est le bâton d’aveugle du poète

Avec il touche les choses
pour les reconnaître

Reiner Kunze , Le long de l’étonnement, in Invitation à une tasse de thé au jasmin ed. Cheyne, trad. Mireille Gansel