Frissonnes-tu à l’idée de frissonner ?

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le poème-frissons frissonne à l’idée qu’il consiste dans un processus de langage qui pourrait prétendre qu’en lui un processus de pensée s’est autonomisé de telle sorte que dans son processus de langage il frissonne à l’idée de frissonner le poème-frissons est fou de penser cela car comment peut-on à la seule idée de frisonner frissonner.

Oskar Pastior, Poèmepoèmes (Gedichtgedichte) 1973
trad. Philippe Marty

Le salariat est-il une prostitution comme une autre ?

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Trouvé je ne sais plus où sur la Toile (not xkcd).

Peut-on défendre le libéralisme « sociétal » et culturel et s’opposer au libéralisme économique ? C’est la question qu’affronte Ggauvain dans son dernier article. Au passage il soulève une difficulté qui me semble intéressante  : est-ce que les arguments du libéralisme sociétal contre l’abolitionnisme en matière de prostitution ne porteraient pas également contre des normes protectrices des travailleurs salariés?

Que sont-ils devenus ?

L’avantage de retrouver d’anciens élèves dans le cadre de l’exercice de leur profession c’est qu’on n’a pas besoin leur demander ce qu’ils sont devenus.

Il y a quelques années déjà, j’ai retrouvé une ancienne élève devenue collègue lors d’une réunion d’entente pour la correction du baccalauréat. L’année dernière j’ai rencontré à la maternité deux anciennes élèves devenues sages-femmes. Aujourd’hui c’est un ancien élève qui m’a contrôlé dans le train.

To be continued …

Le poème comme lettre

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[…]

Nic więcej nie mam dla ciebie. Nigdy nie miałem
nic więcej. Często mniej. Aż wiersz jest już tylko próbą
rozmowy prostszej niż życie. Czy wiersz to list ?
Nie tylko list — aż list.

Czy znasz właściwe słowa ? Jeżeli szukasz,
chciałbym choć tyle powiedzieć : nie szukaj ich daleko.
Są tam gdzie jesteś, jeśli są. Odchodząc zbyt daleko
będziesz musiał pójść jeszcze dalej.

Nie nabierz się na słowa. Nie można powiedzieć więcej
niż tym, których kochasz — dziecku, żonie.
A chyba też więcej nie warto.
Jeśli nikogo nie kochasz, raczej milcz.

Lub odejdź, zbyt daleko. Nie będziesz wytłumaczony.
Nie znajdziesz odpowiedzi, ani pocieszenia,
Tylko właściwe słowa, może. I trochę ironii,
która na końcu wersu zamiast kropki chce postawić znak zapytania.

Maciej Niemiec, List (1987)

 

*

[…]

Je n’ai plus rien pour toi. Et jamais je n’ai eu
rien de plus. Souvent, moins. Le poème est juste la tentative
d’une conversation plus simple que la vie. Le poème est-il une lettre ?
Non pas une lettre seulement – la Lettre.

Sais-tu les mots qu’il faut ? Et si tu les cherches,
je ne dirai que cela : ne cherche pas trop loin ;
ils sont là où tu es, s’ils existent. En allant
trop loin il te faudrait aller plus loin encore.

Ne te laisse pas berner par les mots. On ne peut en dire davantage
qu’à ceux que tu aimes – à l’enfant, à ta femme.
Et probablement, en dire plus ne vaut pas la peine.
Si tu n’aimes personne, tais-toi plutôt.

Ou bien pars, trop loin. Tu ne seras pas justifié.
Tu ne trouveras ni réponse ni consolation.
Seulement les mots justes, peut-être. Et un peu d’ironie,
au bout du vers, au lieu d’un point, elle veut poser un point d’interrogation.

Maciej Niemiec, Lettre
trad.Jacques Burko
in 3 poètes polonais, Editions du murmure, 2009

La signification mystique de la chanson d’Olaf enfin révélée

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« Ces péchés, ces maux, ces tyrannies, sont à l’image de la glace et de la neige qui s’est amassée couche sur couche. Lorsque le soleil de la repentance et de la résipiscence surgit, accompagné des nouvelles de l’au-delà et de la crainte de Dieu, les neiges du péché commencent à fondre. Si un glaçon ou un amas de neige disait : « J’ai vu le soleil et le soleil d’été a brillé sur moi », et que pourtant il demeurât glaçon et neige, aucun être raisonnable ne le croirait. »

Djalâl ad-Dîn Rûmî, Le Livre du dedans
trad. Vitray-Meyerovitch, Actes Sud, Babel, p.  94-95

Femmes en attente (2)

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Rien ne t’a promis à moi : ni la vie, ni Dieu,
Ni un mien pressentiment secret.
Pourquoi, la nuit, devant le sombre seuil,
Hésites-tu ? le bonheur fait-il mal ?

Je ne vais pas sortir, te crier : « Sois l’unique,
Reste avec moi jusqu’à l’heure de la mort ! »
Je ne fais que parler, de ma voix de cygne,
Avec la lune injuste.

Anna Akhmatova, Anno Domini,
in Requiem – Poème sans héros et autres poèmes
trad. Jean Louis Backès

Je vais le dire à ma mer

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Wie schändlich du gehandelt,
Ich hab es den Menschen verhehlet,
Und bin hinausgefahren aufs Meer,
Und hab es den Fischen erzählet.

Ich laß dir den guten Namen
Nur auf dem festen Lande;
Aber im ganzen Ozean
Weiß man von deiner Schande.

Heinrich Heine, Neue Gedichte
Verschiedene – Seraphine XII

*

Combien ton action fut honteuse,
Je l’ai caché aux gens,
Je suis allé en pleine mer
Et l’ai raconté aux poissons.

Je ne te laisse ta renommée
Que sur la terre ferme ;
Mais partout sur l’océan
Chacun connaît ta honte.

trad. Anne-Sophie Arstrup et Jean Guégan

méta-Schadenfreude

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Le seule raison de se réjouir de la réélection de Manuel Valls, c’est qu’elle donne l’occasion de se délecter de la frustration de ceux qui comptaient sur sa défaite pour se consoler de la déroute de leur camp.

On gardera cependant en mémoire que la méta-Schadenfreude est encore de la Schadenfreude, et qu’elle est donc pathétique comme elle.

 

Soupçon d’indignation

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« Qu’avons-nous à faire de votre indignation tardive ou de vos larmes de circonstance?
« Séchez vos pleurs. Retournez au plus vite à vos occupations journalières.
« Vous ne pourrez fuir vos responsabilités envers nous qu’en vous retranchant derrière les prétextes qui vous innocentent. Lavés de tout soupçon. A grande eau. »
« Eau sale. Eau sale », criaient les suppliciés.

Homme, quoi que tu dises ou fasses, tu es complice, L’avenir plaidera pour ou contre toi.

On feint de s’émouvoir d’une injustice, on ne s’émeut, en fait, que de ce qui est venu inopinément troubler, un instant, le confort où l’on se complaisait.

« Apprendre aux victimes à mourir dans le respect de leurs maîtres, tel est le souci premier du bourreau », avait-il noté.

L’indignation a, elle aussi, ses paliers tolérés — tolérables —. Ne l’avions-nous pas assez souligné?

Edmond Jabès, Le livre des marges, p. 135-136

Compte d’aujourd’hui

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Compte d’aujourd’hui

à dix ans j’avais dix ans
à vingt vingt tout rond
à trente à peine vingt

à quarante j’avais quarante mais pas années
à cinquante j’avais soixante moins dix
à soixante j’avais cinquante plus dix

quand ma mère est née mon père avait neuf ans
quand ma mère avait quarante ans j’en avais la moitié

quand je mourus j’avais plus de soixante ans
quand j’avais plus de soixante ans mon père en avait plus de trente

et ma mère plus de trois

quand j’ai su compter j’avais moins de dix ans
quand j’avais moins de dix ans je suis né

Oskar Pastior, L’entente du génitif
in Lectures avec Tinnitus & autres acoustiures, ed. Grèges