Eh ! Mademoiselle !

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Le saviez-vous ? L’idylle centrale d’un des plus fameux classiques de la littérature commence par une scène de harcèlement de rue.

Une rue

FAUST, MARGUERITE (passant)

FAUST – Ma jolie demoiselle, oserai-je hasarder de vous offrir mon bras et ma conduite ?

MARGUERITE – Je ne suis ni demoiselle ni jolie, et je puis aller à la maison sans la conduite de personne. (Elle se débarrasse et s’enfuit.)

Goethe, Faust , trad Gérard de Nerval

Il est intéressant de noter, qu’une fois leur histoire lancée sur de meilleurs rails, nos héros reviennent sur ce moment inaugural.

FAUST – Et tu me pardonnes la liberté que je pris ? ce que j’eus la témérité d’entreprendre lorsque tu sortis tantôt de l’église ?

MARGUERITE – Je fus consternée ! jamais cela ne m’était arrivé, personne n’a pu jamais dire du mal de moi. « Ah ! pensais-je, aurait-il trouvé dans ma marche quelque chose de hardi, d’inconvenant ? Il a paru s’attaquer à moi comme s’il eût eu affaire à une fille de mauvaises mœurs. » Je l’avouerai pourtant : je ne sais quoi commençait déjà à m’émouvoir à votre avantage ; mais certainement je me voulus bien du mal de n’avoir pu vous traiter plus défavorablement encore.

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Normalité des monstres

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« Même les monstres,  ceux des livres pour faire peur (Bosch, Goya, Gustave Doré), ceux du bestiaire fantastique de Borges, ceux des bandes-dessinées, des films d’horreur ou de la science-fiction, comme le sympathique E.T. restent le plus souvent doué de symétrie bilatérale, de dorsiventralité et de polarité céphalocaudale. L’auteur se veut libéré de toute règle et il ne se reconnaît aucune entrave, tout à son désir de surprendre ou d’effrayer. Pourtant, si fantastiques qu’elle soient, ses créatures restent conformes, avec une sorte de docilité, à ce que nous connaissons des relations entre l’espace et la forme des êtres mobiles ; si cette conformité était perdue, ils ne seraient plus des monstres, mais seulement des objets amorphes et dénués de signification, qui n’effraieraient plus personne. »

Francis Hallé, Éloge de la plante, p. 77

Dernier mot

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Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,
tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s’arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu’elle aille s’endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu serres avec force le nœud
de vos quatre bras pour être bien immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux,

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
elle vient : d’un à l’autre mot tu es plus vieux.


Philippe Jaccotet, L’Effraie

Encore un matin …

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DISCIPLINA

I lavori cominciano all’alba. Ma noi cominciamo
un po’ prima dell’alba a incontrare noi stessi
nella gente che va per la strada. Ciascuno ricorda
di essere solo e aver sonno, scoprendo i passanti
radi – ognuno trasogna fra sé,
tanto sa che nell’alba spalancherà gli occhi.
Quando viene il mattino ci trova stupiti
a fissare il lavoro che adesso comincia.
Ma non siamo più soli e nessuno più ha sonno
e pensiamo con calma i pensieri del giorno
fino a dare in sorrisi. Nel sole che torna
siamo tutti convinti. Ma a volte un pensiero
meno chiaro – un sogghigno – ci coglie improvviso
e torniamo a guardare come prima del sole.
La chiara città assiste ai lavori e ai sogghigni.
Nulla può disturbare il mattino. Ogni cosa
può accadere e ci basta di alzare la testa
dal lavoro e guardare. Ragazzi scappati
che non fanno ancor nulla camminano in strada
e qualcuno anche corre. Le foglie dei viali
gettan ombre per strada e non manca che l’erba,
tra le cose che assistono immobili. Tanti
sulla riva del del fiume si spogliano al sole.
La città ci permette di alzare la testa
a pensarci, e sa bene che poi la chiniamo.

Cesare Pavese, Lavorare stanca

*

DISCIPLINE

C’est à l’aube que le travail commence. Mais un peu avant l’aube,
nous commençons par nous reconnaître en tous ceux
qui passent dans la rue. Chacun se souvient qu’il est seul
et qu’il voudrait dormir, voyant les passants rares :
perdu en rêveries, chacun sait bien pourtant
qu’il ouvrira les yeux à l’aube, pour de bon.
Quand le matin arrive, il nous trouve fixant
stupéfaits le travail qui maintenant commence.
Mais nous ne sommes plus seuls et personne n’a envie de dormir,
nous pensons calmement aux problèmes du jour
au point même de sourire. Quand renaît le soleil
nous sommes tous décidés. Mais parfois une pensée
moins limpide — un rictus — nous surprend tout d’un coup
et nous avons alors le même regard qu’avant le soleil.
La ville limpide assiste aux travaux et aux rictus.
Rien ne peut déranger le matin et tout peut arriver :
il suffit que nous levions la tête du travail
et que nous regardions. Les enfants échappés
qui ne font rien encore se promènent dans la rue
et certains courent même. Les arbres dans les rues
projettent leur ombre et seule manque l’herbe
entre les maisons qui assistent immobiles.
Combien se déshabillent au soleil sur les rives du fleuve !
La ville nous permet de lever la tête et d’y penser,
elle sait bien qu’ensuite nous la rebaisserons.

Travailler fatigue, trad. Gilles de Van

Enrichissons l’histoire en nous interrogeant sur son narrateur

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« Le conseiller malgré ses préoccupations matrimoniales avait, lui aussi, trouvé matière à réflexion dans le sermon de Pâques. Il trouvait singulier que saint Pierre eût laissé divulgué l’histoire du coq, alors qu’étant seul à la connaître il aurait pu garder le silence. »

Karen Blixen, Le poète in Sept contes gothiques

*

De manière générale il est intéressant de soulever à propos des récits bibliques (ou d’autres textes sacrés) la question de savoir qui est le narrateur et d’où peut lui venir la connaissance de ce qu’il raconte. Ainsi lorsqu’un récit implique un narrateur omniscient nous devrions conclure que seul Dieu peut-être le narrateur originel de l’histoire (ainsi en va-t-il en particulier du premier livre de la Genèse qui narre des événements qui sont censés n’avoir eu d’autres témoins que le créateur), mais alors nous pouvons nous étonner que Dieu semble parfois parler de lui même à la 3e personne et que les circonstances dans lesquelles il a révélé aux hommes ces choses  que lui seul pouvait savoir ne soient pas elles-mêmes racontées.