La théologie au risque du DSM (3)

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L’hypothèse de la scopophobie divine.

« Dieu créa le monde, Éminence, Il le regarda et vit qu’il était bon. oui, mais que ce serait-il passé si le monde l’avait regardé, Lui, pour voir s’Il était bon? Voilà, je pense, ce que Lucifer a réellement fait à Dieu : il L’a regardé et L’a jugé d’un œil critique. Était-il bon ? […] Dieu ne supporta pas d’être regardé ; il précipita Lucifer, comme vous le savez dans les profondeurs des abîmes ; Dieu avait raison. Il n’avait pas à supporter cela. »

Karen Blixen, Le raz de marée de Norderney, in Sept contes gothiques

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Formule de l’amour

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« Aimer celui qui, par amour mal compris, mais par amour pourtant, a fait votre malheur, c’est là autant que je sache la formule réfléchie que l’on n’a jamais donnée, mais pourtant normale, de l’amour. »

Søren Kierkegaard, Point de vue explicatif de mon œuvre
in École du christianisme
cité par A. Vergez dans Faute et liberté

Au chant de l’alouette (7)

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Ralph Vaughan Williams dont il fut question la semaine dernière nous ramène en Irlande où nous séjournâmes il y a deux semaines : il a en effet arrangé deux airs irlandais dont les titres mentionnent l’alouette.

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Commençons par The lark in the morning qui constitue le troisième mouvement des Folksongs of the four seasons de Ralph Vaughan Williams.

Pour être honnête, j’ai cependant une claire préférence pour la version des Dubliners.

The lark in the morning, she rises off her nest
She goes home in the evening with the dew all on her breast
And like the jolly ploughboy she whistles and she sings
She goes home in the evening with the dew all on her wings
Oh, Roger the ploughboy, he is a dashing blade
He goes whistling and singing over yonder green blade
He met with pretty Susan, she’s handsome I declare
She is far more enticing then the birds all in the air
The lark in the morning, she rises off her nest
She goes home in the evening with the dew all on her breast
And like the jolly ploughboy she whistles and she sings
She goes home in the evening with the dew all on her wings
One evening coming home from the rakes of the town
The meadow’s been all green and the grass had been cut down
If I should chance to tumble all in the new mown hay
« Oh, it’s kiss me now or never love », this bonnie lass did say
The lark in the morning, she rises off her nest
She goes home in the evening with the dew all on her breast
And like the jolly ploughboy she whistles and she sings
She goes home in the evening with the dew all on her wings
When twenty long weeks they were over and were past
Her mommy chanced to notice how she thickened ’round the waist
It was the handsome ploughboy, the maiden she did say
For he caused me for to tumble all in the new mown hay
The lark in the morning, she rises off her nest
She goes home in the evening with the dew all on her breast
And like the jolly ploughboy she whistles and she sings
She goes home in the evening with the dew all on her wings
Here’s a health to y’all ploughboys wherever you may be
That likes to have a bonnie lass a sitting on his knee
With a jug of good strong porter you’ll whistle and you’ll sing
For a ploughboy is as happy as a prince or a king
The lark in the morning, she rises off her nest
She goes home in the evening with the dew all on her breast
And like the jolly ploughboy she whistles and she sings
She goes home in the evening with the dew all on her wings

 

*

Ralph Vaughan Williams a également arrangé The lark in the clear air. Malheureusement, parmi les nombreuses interprétations de cet air disponible sur ma plateforme de vidéos en ligne préférée, je n’ai pas réussi à trouver une version dont je sois sûre qu’elle utilise l’arrangement de Vaughan Williams. En revanche j’ai découvert une vidéo qui raconte l’histoire de cette chanson :

The lark in the clear air (Samuel Ferguson)

Dear thoughts are in my mind
And my soul soars enchanted,
As I hear the sweet lark sing
In the clear air of the day.
For a tender beaming smile
To my hope has been granted,
And tomorrow she shall hear
All my fond heart would say.

I shall tell her all my love,
All my soul’s adoration,
And I think she will hear
And will not say me nay.
It is this that gives my soul
All its joyous elation,
As I hear the sweet lark sing
In the clear air of the day.

 

Prophète à contrecœur

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« Une voix s’est, élevée « Puisse le Seigneur de Mohammad n’avoir pas créé Mohammad! » Quand l’âme de Mohammad était détachée dans le monde de la sainteté, et que les rencontres avec Dieu augmentaient, il plongeait comme un poisson dans l’océan de la Miséricorde. Bien qu’il fût dans ce monde-ci Prophète et guide du peuple, et qu’il eût obtenu, la grandeur, la royauté, la renommée et des compagnons, pourtant, lorsqu’il revint à la tranquillité dont il jouissait auparavant, il dit : « Puissé-je n’avoir jamais été Prophète et n’être pas venu en ce monde! Car, en comparaison de l’union absolue d’autrefois, tout cela est un fardeau, un châtiment, une peine. »

Djalâl ad-Dîn Rûmî, Le Livre du dedans
trad. Vitray-Meyerovitch, Actes Sud, Babel, p. 256

 

Si on cherche des formulations antérieures de  l’idée que la mission de prophète est vécue comme une peine on est tenté d’évoquer la figure  de Jonas, le prophète récalcitrant. Mais il y a une différence essentielle entre ce qui nous est raconté de Jonas et ce qui nous est dit ici de Mohammad : en effet Jonas semble se détourner de Dieu en cherchant à échapper à sa mission :

« La parole du Seigneur fut adressée à Jonas, fils d’Amitthaï, en ces mots : Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle ! car sa méchanceté est montée jusqu’à moi. Et Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face du Seigneur. Il descendit à Japha, et il trouva un navire qui allait à Tarsis ; il paya le prix du transport, et s’embarqua pour aller avec les passagers à Tarsis, loin de la face du Seigneur. »

Jonas, I, 1-3

Au contraire, au dire de Rûmî, si le prophète de l’Islam regrette d’avoir dû accomplir sa mission de prophète c’est parce qu’il aurait préféré rester auprès de Dieu.

Plus pertinent que le rapprochement avec Jonas me paraît alors le parallèle entre Mohammad et le philosophe de l’allégorie de Platon qui rechigne à redescendre dans la caverne après avoir contemplé le soleil du Bien.

— Alors, je pense que c’est seulement au terme de cela qu’il serait enfin capable de discerner le soleil, non pas dans ses manifestations sur les eaux ou dans un lieu qui lui est étranger, mais lui-même en lui-même, dans son espace propre, et de le contempler tel qu’il est.

— Nécessairement, dit-il.

— Et après cela, dès lors, il en inférerait au sujet du soleil que c’est lui qui produit les saisons et les années, et qui régit tout ce qui se trouve dans le lieu visible, et qui est cause d’une certaine manière de tout ce qu’ils voyaient là-bas.

— Il est clair, dit-il, qu’il en arriverait là ensuite.

— Mais alors quoi ? Ne crois-tu pas que, se remémorant sa première habitation, et la sagesse de là-bas, et ceux qui étaient alors ses compagnons de prison, il se réjouirait du changement, tandis qu’eux il les plaindrait ?

— Si, certainement.

— Les honneurs et les louanges qu’ils étaient suscep­tibles de recevoir alors les uns des autres, et les privilèges conférés à celui qui distinguait avec le plus d’acuité les choses qui passaient et se rappelait le mieux celles qui défilaient habituellement avant les autres, lesquelles après et lesquelles ensemble, celui qui était le plus capable de deviner, à partir de cela, ce qui allait venir, celui-là, es-tu d’avis qu’il désirerait posséder ces privi­lèges et qu’il envierait ceux qui, chez ces hommes-là, reçoivent les honneurs et auxquels on confie le pouvoir ? Ou bien crois-tu qu’il éprouverait ce dont parle Homère, et qu’il préférerait de beaucoup,

étant aide-laboureur, être aux gages d’un autre homme, un sans terre,

« et subir tout au monde plutôt que de s’en remettre à l’opinion  » et de vivre de cette manière ?

— C’est vrai, dit-il, je crois pour ma part qu’il accepte­rait de tout subir plutôt que de vivre de cette manière-là.

Platon, République VII, [516b -e]
trad. G. Leroux, GF

« Ne t’étonne pas que qui sont allés là-bas ne consentent pas à s’adonner aux affaires des hommes, mais que leurs âmes n’éprouvent toujours d’attirance que pour ce qui est en haut. Qu’il en soit ainsi n’est sans doute rien que de naturel, si vraiment là aussi les choses se passent conformément à l’image que nous venons d’esquisser. »

ibid. [517 C-d]

Dans le cas du philosophe selon Platon comme dans le cas du prophète selon Rûmî, c’est pour aller guider les hommes demeurés dans l’ignorance que l’élu doit quitter l’état de contemplation du Bien / union mystique. Il y a cependant une différence à relever : dans le second cas c’est Dieu lui même, suppose-t-on, qui commande au prophète de retourner vers les hommes, tandis que dans la République de Platon la redescente dans la caverne est présentée comme commandée, non par l’idée du Bien elle-même, mais par une instance tierce  : les fondateurs de la cité et éducateurs des « naturels philosophes » :

— C’est donc notre tâche, dis-je, à nous les fondateurs, que de contraindre les naturels les meilleurs à se diriger vers l’étude que nous avons déclarée la plus importante dans notre propos antérieur, c’est-à-dire à voir le bien et à gravir le chemin de cette ascension, et, une fois qu’ils auront accompli cette ascension et qu’ils auront vu de manière satisfaisante, de ne pas tolérer à leur égard ce qui est toléré à présent.

— De quoi s’agit-il ?

— De demeurer, dis-je, dans ce lieu, et de ne pas consentir à redescendre auprès de ces prisonniers et à prendre part aux peines et aux honneurs qui sont les leurs, qu’il s’agisse de choses ordinaires ou de choses plus importantes.

ibid. [519 d]

Mais si ce n’est pas la contemplation même du Bien qui suscite la redescente dans la caverne, celle-ci ne relève pas non plus de la pure contrainte, puisqu’il appartient aux fondateurs-éducateurs de persuader les philosophes que ce n’est que justice de leur demander de « redescendre » régner sur la cité :

« — Alors, dit-il, nous serons injustes à leur égard, et nous rendrons leur vie pire, alors qu’elle pourrait être meilleure pour eux ?
— Une fois de plus, mon ami, dis-je, tu as oublié qu’il n’importe pas à la loi qu’une classe particulière de la cité atteigne au bonheur de manière distinctive, mais que la loi veut mettre en œuvre les choses de telle manière que cela se produise dans la cité tout entière, en mettant les citoyens en harmonie par la persuasion et la nécessité, et en faisant en sorte qu’ils s’offrent les uns aux autres les services dont chacun est capable de faire bénéficier la communauté. C’est la loi elle-même qui produit de tels hommes dans la cité, non pas pour que chacun se tourne vers ce qu’il souhaite, mais afin qu’elle-même mette ces hommes à son service pour réaliser le lien politique de la cité.
— C’est vrai, dit-il, j’avais oublié, en effet.
— Observe alors, Glaucon, dis-je, que nous ne serons pas injustes à l’endroit, de ceux qui chez nous deviennent philosophes, mais que nous leur tiendrons un discours juste en les contraignant, en plus du reste, à se soucier des autres et à les garder. Nous leur dirons en effet qu’il est normal que ceux qui en viennent à occuper leur position dans les autres cités ne participent pas aux tâches qu’on y assume. Ils s’y développent en effet de par leur propre initiative, sans l’agrément de la constitution politique qui se trouve dans chacune de ces cités, et il est juste que ce qui se développe par soi-même, ne devant sa subsistance à personne, n’ait aucunement à cœur de payer à quiconque le prix de son entretien. « Mais dans votre cas, leur dirons-nous, c’est nous qui, pour vous-mêmes comme pour le reste de la cité, comme cela se passe dans les essaims d’abeilles, vous avons engendrés pour être des chefs et des rois, en vous donnant une éducation meilleure et plus parfaite qu’aux autres, et en vous rendant plus aptes à participer à l’un et l’autre modes de vie ». Il vous faut donc redescendre, chacun à son tour, vers l’habitation commune des autres …  »

ibid. [519e -520b]

Jour de lessive

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JOUR DE LESSIVE

Je suis parti ce matin même,
Encor soûl de la nuit mais pris
Comme d’écœurement suprême,
Crachant mes adieux à Paris…
Et me voilà, ma bonne femme,
Oui, foutu comme quatre sous…
Mon linge est sale aussi mon âme…
Me voilà chez nous !

Ma pauvre mère est en lessive…
Maman, Maman,
Maman, ton mauvais gâs arrive
Au bon moment !…

Voici ce linge où goutta maintes
Et maintes fois un vin amer,
Où des garces aux lèvres peintes
Ont torché leurs bouches d’enfer…
Et voici mon âme, plus grise
Des mêmes souillures – hélas !
Que le plastron de ma chemise
Gris, rose et lilas…

Au fond du cuvier, où l’on sème,
Parmi l’eau, la cendre du four,
Que tout mon linge de bohème
Repose durant tout un jour…
Et qu’enfin mon âme, pareille
A ce déballage attristant,
Parmi ton âme – à bonne vieille !
Repose un instant…

Tout comme le linge confie
Sa honte à la douceur de l’eau,
Quand je t’aurai conté ma vie
Malheureuse d’affreux salaud,
Ainsi qu’on rince à la fontaine
Le linge au sortir du cuvier,
Mère, arrose mon âme en peine
D’un peu de pitié !

Et, lorsque tu viendras étendre
Le linge d’iris parfumé,
Tout blanc parmi la blancheur tendre
De la haie où fleurit le Mai,
Je veux voir mon âme, encor pure
En dépit de son long sommeil
Dans la douleur et dans l’ordure,
Revivre au Soleil !…

Personnalité autoritaire

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« S’attribuer le pouvoir de commander aux autres et de régenter impunément leurs opinions va constamment de pair avec ce parti-pris et avec la corruption de ses propres jugements. Comment peut-il en être autrement ? Est prêt à abuser de la croyance des autres celui qui a déjà abusé de la sienne. Peut-on raisonnablement attendre qu’il utilise arguments et persuasion dans ses rapports à autrui, s’il n’y a pas habitué son propre entendement dans ses rapports à lui-même, s’il fait violence à ses propres facultés, tyrannise son propre esprit, usurpe la prérogative propre à la vérité seule, qui est de commander l’assentiment par sa seule autorité, c’est-à -dire proportionnellement à la garantie qu’elle offre. »

John Locke, Essai sur l’entendement humain, IV, 19
trad. J-M. Vienne, Vrin

Dieu que cette fille prend des risques, amoureuse d’un égoïste

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Au cours de son explication de la conception kierkegaardienne de l’amour pour Dieu, André Vergez propose en note un intéressant rapprochement avec Simone Weil.

« A chaque instant, notre existence est un amour de Dieu pour nous. Mais Dieu ne peut aimer que soi-même. Son amour pour nous est amour pour soi à travers nous. Ainsi, lui qui donne l’être aime en nous le consentement à ne pas être. »

Simone Weil, L’attente de Dieu, Plon 1948, p.36

J’y trouve la confirmation de ce que j’avais suggéré lors du 2e épisode de la série Aime ton juge ! : que la conception d’un amour pour l’autre culminant dans l’accusation de soi voire abolition de soi fait système avec une conception « égoïste » ou « jalouse » de l’amour de l’autre pour nous. Cela me ramène aussi au thème du narcissisme divin que j’avais évoqué à l’automne dernier.

Comment peut-on souhaiter abolir son ego pour permettre à l’autre d’être dans la pure affirmation du sien  ? La chanson de Berger nous apporte peut-être la réponse :

« Et même l’enfer c’est pas grand chose
A côté d’être seule sur Terre »

 

Préparons nos enfants au monde numérique

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L’adaptation à l’univers numérique c’est aussi une question de modification physique :

« Certains se souviennent peut-être des frayeurs millé­naristes qui inquiétèrent beaucoup de nos contemporains lors du passage à l’an 2000. Celles-ci ne tenaient qu’à cette fichue habitude de compter sur nos dix doigts, ce qui a imposé la numération en base dix. Convenons-en, à l’époque moderne, dans la société numérique, cela n’a plus de sens : hommes ou machines, archaïsme ou progrès, il faut choisir ! Et si l’on veut vraiment entrer dans la modernité, bannissons de telles conventions imprégnées d’un anthropo­morphisme désuet !

Pour expurger tous ces résidus, un remède radical, simple et peu coûteux existe. Il est de mon devoir de vous l’indi­quer, même s’il apparaîtra incongru aux yeux de certains : on devrait, à la naissance, couper les neuf doigts superfé­tatoires, pour que tous apprennent, dès le plus jeune âge, à compter en base 2 avec le doigt restant. Plié, tendu, plié, tendu, plié, plié… 0,1,0,1,0,0, rien de plus facile. Et quoi de plus propice à l’avènement d’une vraie civilisation numé­rique dépouillé de tous ces inutiles oripeaux anthropo­morphiques ! Qui plus est, on en profiterait pour instituer un rituel baptismal laïque qui serait du meilleur effet. Je vous vois hésiter. Vous reculez ? Pourtant, la modernité est à ce prix, sachez-le ! »

Jean-Gabriel Ganascia, Intelligence artificielle; vers une domination programmée
ed. Le cavalier bleu, 2017

Accessoirement l’adoption de cette mesure donnerait une raison décisive de dire « digital » plutôt que « numérique ».

Au chant de l’alouette (6)

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On a vu la semaine dernière que l’alouette était présente dans l’œuvre de Haydn à travers l’arrangement d’un chant gallois Codiad yr ehedydd (L’envol de l’alouette), nous verrons cette semaine qu’elle a aussi donné son nom au Quatuor à corde Op.64 n°5 du compositeur autrichien. Les quatuors de Haydn n’ont pas reçu aussi  systématiquement des surnoms que ses symphonies. Celui qui nous occupe semble devoir son nom à une évocation des trilles de l’alouette par le premier violon dans le premier mouvement.

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Le Catalogue d’oiseaux d’Olivier Messiaen fait place à deux espèces d’alouettes :

L’alouette lulu

L’alouette calandrelle

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Nous en terminerons pour aujourd’hui avec l’alouette en écoutant The lark ascending du compositeur britannique Ralph Vaughan Williams. Cette « romance pastorale pour orchestre » est inspirée par le poème éponyme de George Meredith.