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Daphné fuyant

« Pursuit and flight are a topos of Greek erotic poetry and iconography from the archaic period onward. It is noteworthy that, within such conventional scenes, the moment of ideal desire on which vase-painters as well as poets are inclined to focus is not the moment of the coup de foudre, not the moment when the beloved’s arms open to the lover, not the moment when the two unite in happiness. What is pictured is the moment when the beloved turns and runs. The verbs pheugein (‘to flee’) and diōkein (‘to pursue’) are a fixed item in the technical erotic vocabulary of the poets, several of whom admit that they prefer pursuit to capture. […]
Lovers who do not wish to run may stand and throw : an apple is the traditional missile in declarations of love (e.g., Ar. Nub. 997) [1]. The lover’s ball, or sphaira, is another conventional mechanism of seduction, so often tossed as a love challenge (e.g., Anakreon 358 PMG; Anth. Pal. 5.214, 6.280) that it came to emblematize the god himself, as Eros Ballplayer, in later verse (Ap. Rhod. 3.132-41).

Anne Carson, Eros the bittersweet

 

[1] Aristophane, Nuées, 997 : « Tu apprendras à détester l’Agora, à t’abstenir des bains, à avoir honte de ce qui est honteux, et, si quelqu’un te raille, à prendre feu ; à te lever de ton siège au passage des vieillards, à ne rien faire de mal à tes parents, à ne commettre aucun acte indécent, car tu dois figurer la statue de la Pudeur ; à ne pas courir après une danseuse, car si tu te mets à cette poursuite, une courtisane te jettera une pomme, et tu seras privé de ta réputation »

*

Add. 03/08/22

Je me dois de signaler une reviviscence de la tradition du jet de fruit dans la poésie amoureuse. Chez Miguel Hernández, le citron a avantageusement remplacé la pomme et l’amoureux s’en trouve tout émoustillé.

Me tiraste un limón, y tan amargo,
con una mano cálida, y tan pura,
que no menoscabó su arquitectura
y probé su amargura sin embargo.

Con el golpe amarillo, de un letargo
dulce pasó a una ansiosa calentura
mi sangre, que sintió la mordedura
de una punta de seno duro y largo.

[…]

Tu m’as lancé un citron tellement
amer, d’une main si chaude et si pure
qui n’en a pas altéré la texture
et dont je goûtai le fiel cependant.

Sous le jaune projectile, mon sang,
d’une torpeur douce à une brûlure
avide est passé, sentant la morsure
de la pointe d’un sein dur s’allongeant.

trad. Monique-Marie Ihry