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« Donnons donc à notre tendance la marque d’un essai dans l’effort fragmentaire ou dans l’art d’écrire des papiers posthumes. Un travail complètement terminé ne garde aucun contact avec la personnalité du poète ; lorsqu’il s’agit de papiers posthumes on sent toujours dans leur discontinu, leur décousu un grand besoin d’imaginer poétiquement cette personnalité. Des papiers posthumes sont semblables à une ruine, et quel refuge pourrait être plus naturel à des inhumés? L’art est donc de produire artistiquement la même impression, le même laisser-aller et le même effet du hasard, le même raisonnement anacoluthe, l’art est de produire une jouissance qui ne soit jamais tout à fait du moment présent mais possède toujours en elle-même un élément du passé, de manière à être présente dans le temps passé. Ceci est exprimé dans le mot : posthume. Tout ce qu’un poète a produit est posthume dans un sens ; mais même s’il possédait la qualité purement fortuite de n’avoir pas été publié du vivant de son auteur, on n’appellerait jamais posthume un travail entièrement terminé. Je pense que c’est là encore une propriété de toute création humaine d’être, dans sa vérité, ainsi que nous l’avons comprise, une chose posthume puisqu’il n’est pas donné aux hommes de vivre, comme les dieux, dans la contemplation éternelle. « 

Søren Kierkegaard, Ou bien … ou bien …, Tel p. 119

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Les œuvres vraiment posthumes de Kierkegaard