« L’erreur de Milosz – telle que je la vois, cette erreur me paraît assez commune – consiste à se réduire aux dimensions de la misère qu’on décrit. Evitant les grandes phrases et les poncifs, loyal et honnête envers ses frères tombés au fond du malheur, Milosz veut, lui, être un pauvre comme eux. Mais pareille intention de la part d’un artiste jure avec le principe même de son action : l’art en effet est luxe, liberté, jeu, rêve et puissance, l’art naît de richesse et jamais de pauvreté, il ne naît pas lorsqu’on est sous la charrette, mais quand on est dessus.L’art a en lui quelque chose de triomphal, même lorsqu’il se tord les mains de désespoir. »

Witold Gombrowicz, Journal I, p. 211-212