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« Quand Jean Christophe, car c’est de lui que je parle, cesse de parler, M. Romain Rolland continue à entasser banalités sur banalités […] Aussi cet art est-il le plus superficiel, le plus insincère, le plus matériel (même si son sujet est l’esprit, puisque la seule manière pour qu’il y ait de l’esprit dans un livre, ce n’est pas que l’esprit en soit le sujet mais l’ait fait. Il y a plus d’esprit dans le Curé de Tours de Balzac que dans son caractère du peintre Steinbock), et aussi le plus mondain. Car il n’y a que les personnes qui ne savent pas ce que c’est que la profondeur et qui, voyant à tout moment des banalités, des faux raisonnements, des laideurs, ne les aperçoivent pas mais s’enivrent de l’éloge de la profondeur, qui disent  : «  Voilà de l’art profond  !   », de même que quand quelqu’un dit tout le temps  : «  Ah  ! moi je suis franc, moi je n’envoie pas dire ce que je pense, tous nos beaux messieurs sont des flatteurs, moi je suis un rustre  », et fait illusion aux gens qui ne savent pas, un homme délicat sait que ces déclarations n’ont rien à voir avec la vraie franchise en art. C’est comme en morale  : la prétention ne peut être réputée pour le fait. »

Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve, Folio essais, p 302

« Celui qui parle de profondeur n’en devient pas plus profond qu’un roman devient  métaphysique quand il relate les opinions métaphysiques d’un personnage. Réclamer de la philosophie qu’elle aborde la question de l’être ou d’autres thèmes principaux de la métaphysique occidentale, c’est nourrir une croyance primitive en la vertu du sujet traité. Elle ne peut certes se dérober à la dignité objective de ses thèmes, mais rien ne lui garantit qu’elle y satisfasse en traitant les grands sujets. »

Theodor Adorno, Dialectique négative, p. 21