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Il y a quelques temps j’ai cité cet étonnant texte de Gombrowicz qui rapporte les tirades contre l’équitation dans lesquelles il se lançait pendant qu’il bénéficiait de l’hospitalité d’éleveurs de chevaux. Cette carrière de troll il l’a manifestement commencée très jeune, et sa première cible fut, semble-t-il, sa mère :

« La guerre que mes frères aînés et moi-même avons menés contre ma mère consistait surtout à contredire systématiquement ce qu’elle disait. Il suffisait que ma mère remarquât en passant qu’il pleuvait et une force très puissant me contraignait immédiatement à constater avec un étonnement étudié, comme si je venais d’entendre la plus grande absurdité : « Comment ! ,mais qu’est-ce que tu racontes? Le soleil brille! »

Je pense que cet entraînement précoce  au mensonge flagrant à l’absurdité manifeste, m’a beaucoup servi plus tard lorsque j’ai commencé à écrire.

Mais comme nous étions trois – ma sœur ne prenant aucune part à ce sport -, notre maison se mit peu à peu à ressembler à une maison de fous[…]. L’incessante et démentielle polémique avec ma mère s’appliquait à tous les problèmes possibles : philosophiques, moraux, religieux, sociaux, familiaux, mondains. Si ma mère louait quelqu’un, il fallait que nous le blâmions. Si quelque chose lui plaisait nous n’avions de cesse de chercher la petite bête. Son extraordinaire naïveté faisait qu’elle se laissait entraîner dans ces discussions épouvantables – ce qui bien sûr nous réjouissait chaque fois davantage. le jeu ! Ces batifolages nous permettaient d’oublier  les dissensions plus profondes, plus dramatiques, qui se dissimulaient derrière, et nous facilitaient beaucoup les contacts avec ma mère. C’est sans doute de là que vient ce culte du jeu que l’on trouve dans mon œuvre, et ce qui m’a fait comprendre son immense importance dans la culture. »

Witold Gombrowicz, Souvenirs de Pologne
extrait repris dans Contes et romans, Gallimard  Quarto, p. 16 – 19

mère Gombrowicz

Marcelina Antonina Gombrowiczowa, mère de Witold Gombrowicz