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Cesare Pavese: vita, opere e pensiero

« Il faudrait approfondir l’affirmation que le secret de maint grand art réside dans les obstacles que, sous forme de règles, le goût contemporain impose. Les règles de l’art, en proposant un idéal défini à atteindre, donnent à l’artiste un but qui empêche le travail à vide de l’esprit. Mais il faut ajouter que jamais la valeur des œuvres ne réside pour nous dans l’observation des règles, mais — vu l’hétérogénéité des fins — dans des structures qui se sont développées sous la main de l’artiste pendant sa recherche de ce que la règle — le goût — réclame. L’esprit surchauffé par un jeu rationnel, tel que la tentative d’atteindre certains résultats réputés de valeur, dépasse la valeur abstraite de convention de ces « goûts » et crée extatiquement de nouvelles architectures. Sans le savoir, et c’est logique, si l’on pense que le secret d’une structure artistique échappe à son créateur jusqu’au moment où, l’élucidant pour lui-même, il lui enlève son intérêt. C’est ainsi que je résous le besoin d’« intelligence » en art : il y a application consciente de celle-ci, mais seulement à ces buts contemporains qui, valant pour l’artiste et pour l’époque, sont fondus ensuite dans l’éruption de poésie née du surchauffement de l’esprit. L’artiste travaille avec son cerveau à des buts qui perdront leur valeur pour la postérité ; mais ce faisant, son « cerveau » crée pré-critiquement de nouvelles réalités intellectuelles. »

Cesare Pavese, Le métier de vivre