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Pour Nas, qui en sait plus qu’elle ne voudrait

« Le confident est un double (de l’objet aimé) économique. En quoi ? Il permet au sujet de tenir un discours amoureux dominé, dégagé de l’émotivité, du risque de retentissement, de l’aphasie qui le menace en présence de l’être aimé : le risque de « bêtise ».

[…]

Dire un mot pour finir de la position du confident lui-même en tant que sujet (ce que le sujet amoureux n’a que trop tendance à oublier). Position intenable : sa position centrale, si l’on peut dire, est de ne pas être trop dans le coup. Or il est condamné, pratiquement, à une alternative de termes outrés (sans la tension d’outrance du sujet amoureux) : ou bien excessivement plat (représentant la doxa, le Bon Sens, tel Wilhelm), ou bien délirant avec le sujet amoureux, entrant à grand risque  dans ses exaltations, ses revirements, ses agressions, etc. Rares les confidents, sans doute, qui ont la place juste : celle d’entrer un peu dans le délire du sujet amoureux (solution suggérée par Freud dans la Gradiva).

Roland Barthes, Le discours amoureux, Séminaire à l’Ecole pratique des hautes études, Seuil, p. 223