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Exploiter au mieux nos capacités, d’accord, mais lesquelles ?

« Ceux qui tentent de déduire le bien objectif de l’essence de l’homme se plaisent à valoriser certains régimes physiques au motif qu’ils développent des organes et des systèmes dont le fonctionnement explique nos activités. Ils font l’éloge des programmes athlétiques qui améliorent nos fonctions musculaires et cardio-vasculaires, nos capacités pulmonaires et ainsi de suite, au motif que le mouvement humain s’explique en termes de muscles alimentés par le cœur et les poumons (et, bien sûr, ils peuvent invoquer des scénarios évolutionnistes expliquant pourquoi les cœurs et les poumons font ce qu’ils font). Il suffit de réfléchir un instant pour s’apercevoir qu’il existe toutes sortes d’organes et de systèmes dont nous ne valorisons pas intrinsèquement le développement. Ceux qui sont capables de manger de vastes quantités de nourriture témoignent de l’efficacité de leur système digestif, les concours d’étudiants révèlent des capacités différentes à métaboliser l’alcool et, avec un peu d’imagination, nous pouvons envisager des manifestations similaires des prouesses développementales des glandes sudoripares ou du système urinaire (avec, à l’appui de chacune, une histoire évolutionniste). Il n’y a aucune raison de considérer que les propriétés physiques sous-jacentes sont moins essentielles à notre espèce que celles que les objectivistes préfèrent typiquement mettre en avant — à moins, bien sûr, que l’on se soit déjà appuyé tacitement sur des jugements antérieurs définissant ce qui a de la valeur pour choisir ces aspects de notre biologie qui seront tenus pour essentiels, et qui seront invoqués dans notre définition de ce qui est intrinsèquement bon pour nous. »

Philip Kitcher, Science, vérité, démocratie, p. 252 -253

trouvé chez l’indispensable Agar