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« La promiscuité sexuelle est la façon la plus courante d’échapper à la complexité des sentiments : elle marque une volonté de séparer nettement sexualité et affectivité. Là encore, la fuite en progrès. L’idéologie progressiste des « engagements libres » et du « sexe désentimentalisé » fait du désengagement affectif une vertu alors même qu’elle prétend s’ériger en critique de la dépersonnalisation de la sexualité. Des sommités comme Alex Comfort, Nena et George O’Neill et Anna Francœur soulignent la nécessité  de donner une dimension humaine à l’acte sexuel en en faisant une « expérience complète » et non un acte mécanique ; mais, dans le même temps, ils condamnent des émotions humaines comme la jalousie et la possessivité et s’insurgent contre les « illusions romantiques ». Dans leur sagesse, les thérapeutes d’avant-garde invitent hommes et femmes à exprimer leurs besoins et leurs désirs sans réserve — partant du principe qu’ils sont tous également légitimes — mais ils les mettent en garde contre l’illusion qui leur ferait croire qu’un seul partenaire peut les satisfaire tous. Cette éthique cherche à apaiser les tensions affectives, en fait, en limitant les exigences mutuelles, et non en renforçant la capacité des hommes et des femmes d’y faire face. Encourager la sexualité en tant que composante « saine » et « normale » de la vie masque un désir de la dépouiller de l’intensité affective qui s’y rattache inévitablement, tant à cause du souvenir des relations avec les parents au cours de l’enfance que de la tendance « malsaine » à réintroduire le même schéma dans les rapports amou­reux. L’insistance avec laquelle les experts affirment que la sexualité n’a rien de « sale » trahit la volonté de l’asep­tiser, en la débarrassant de toutes ses associations inconscientes. »

Christopher Lasch, La culture du narcissisme, p. 316 – 317