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Je viens de relire la première des Considérations inactuelles de Nietzsche. Je l’ai lu la première fois quand j’étais étudiant et je ne l’avais pas relue depuis ; j’en avais tout oublié si ce n’est que le méchant de l’histoire était David Strauss, représentant des philistins de la culture. C’est amusant à quel point le propos de cet ouvrage peut aujourd’hui apparaître daté, notamment en raison de sa dépendance envers la cible aujourd’hui largement oubliée des critiques de Nietzsche : David Strauss. La première des considérations inactuelles / intempestives est peut-être, des quatre, celles qui mérite le moins son titre  ; il faudrait que je relise la quatrième pour m’en assurer ( je l’ai encore davantage oubliée que la première … au point que je me demande si je l’ai vraiment lue), et elle mérite sûrement moins ce qualificatif que les ouvrages ultérieurs de Nietzsche qui n’émettent pas cette prétention dans leur titre.

Un autre point sur lequel il y a un écart amusant dans les écrits de jeunesse de Nietzsche (je veux dire, avant Humain trop humain)  entre leur prétention et la réalisation c’est en ce qui concerne le style. De l’avenir de nos établissements d’enseignement comme la Première considération inactuelle mettent l’accent sur le défaut de style de la fausse culture de leur époque, mais le style de ces ouvrages est lui même assez insupportablement pompeux ( a fortiori si on les compare aux écrits aphoristiques ultérieurs qui sont à la hauteur de leur prétention à la légèreté dansante).

Je fais le malin aux dépens d’un grand auteur, mais finalement je dois reconnaître que j’ai bien dû me demander si le qualificatif de philistin de la culture ne s’appliquait pas à moi. Me revendiquant « légitimiste culturel », je ne peux pas ne pas me sentir concerné par cette remarque  par exemple :

 » Mais pour juger si mal de nos classiques, et pour les honorer si injurieusement, il faut ne plus les connaître – et tel est bien généralement le cas. On saurait autrement qu’il n’y a qu’une manière de les honorer : en poursuivant inlassablement leur quête, dans le même esprit et avec le même courage qu’eux. Les affubler au contraire du titre si douteux de « classiques » et s' »édifier » de temps à autres par la fréquentation de leurs œuvres, c’est-à-dire s’abandonner à ces molles et égoïstes émotions que nos salles de concerts et nos théâtres offrent contre paiement, leur ériger des statues et donner leur nom à des festivals et des associations – tout cela n’est que la parade par laquelle le philistin de la culture s’acquitte envers ces esprits de l’obligation de les reconnaître, et, surtout, de les suivre et de continuer leur quête. »

On conviendra qu’un article de blog est une parade moins coûteuse que l’édification d’une statue  …