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Devant ce qui s’apparente à une gageure, il se murmure dans les milieux autorisés que le Président de la République, bon connaisseur de Machiavel, pourrait s’inspirer de l’exemple de César Borgia.

« Une fois que le duc eut pris la Romagne, la trouvant sous le commandement des seigneurs impuissants, qui avaient plus vite spolié leurs sujets qu’ils ne les avaient corrigés et leur avaient donné matière à désunion, si bien que cette province était toute pleine de vols, de chicanes et de toutes sortes d’insolence, il jugea qu’il était nécessaire, si on voulait la réduire à la paix et à l’obéissance du bras royal, de lui donner un bon gouvernement, et c’est pourquoi il y mit à sa tête messire Remirro d’Orca. Celui-ci, en un temps bref, la réduisit à la paix et à l’unité, acquérant une très grande réputation. Ensuite le duc jugea qu’une autorité si excessive n’était pas nécessaire, parce qu’il craignait qu’elle ne devînt haïssable, et il installa au milieu de la province un tribunal civil, doté d’un président très excellent, où toute cité avait son avocat. Et parce qu’il avait connaissance que les rigueurs passées avaient engendré quelque haine à son égard, afin de purger les esprit de ses peuples et de les gagner entièrement, il voulut montrer que si quelque cruauté s’en était suivie, elle n’était pas causée par lui mais par l’irascible nature du ministre. Et l’occasion prise là-dessus, il le fit, à Césène, un matin, mettre en deux morceaux sur la place, avec un morceau de bois et un couteau sanglant à côté ; la férocité d’un tel spectacle rendit ces peuples en même temps satisfaits et stupides »

Machiavel, Le Prince, chapitre VII