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« Peut-être l’immense péché », — le péché métaphysique par excellence, que les théologiens ont nommé du beau nom d’orgueil,— a-t-il pour racine dans l’être cette irritabilité du besoin d’être unique? Mais encore, en poussant plus réflexion, en la conduisant un peu trop loin, sans doute, sur le chemin des sentiments simples, trouverait-on, au fond de l’orgueil, seulement l’horreur de la mort, car nous ne connaissons la mort seulement que par les autres qui meurent, et si nous sommes réellement leur semblable, nous mourrons aussi. Et donc, cette horreur de la mort développe de ses ténèbres je ne sais quelle volonté forcenée d’être non-semblable, d’être même et le singulier par excellence, d’être un dieu. Refuser d’être semblable, refuser d’avoir des semblables, refuser l’être  à ceux qui sont apparemment et raisonnablement nos semblables, c’est refuser d’être mortel, et vouloir aveuglément ne pas être de la même essence que ces gens qui passent et fondent l’un après l’autre autour de nous. »

Paul Valéry, Stendhal, in Variétés II, Gallimard Folio essais, p 201