Étiquettes

, ,

Il y a dix ans Mohammed Bouazizi vendeur ambulant à Sidi Bouzid s’immolait par le feu. On connaît les conséquences de cet événements : la révolution tunisienne et les printemps arabes ; on connaît aussi sa cause :

« Le , on lui confisque encore une fois son outil de travail (une charrette et une balance). Essayant de plaider sa cause et d’obtenir une autorisation et la restitution de son stock auprès de la municipalité et du gouvernorat provincial, il y est bousculé et se fait expulser des bureaux où il est venu se plaindre. Sa sœur Leïla explique : « Ce jour-là, les agents municipaux lui avaient confisqué son outil de travail et l’un d’eux l’avait giflé. Il s’est alors rendu à la municipalité, puis au gouvernorat pour se plaindre, mais ici, à Sidi Bouzid, il n’y a personne pour nous écouter. Ils marchent à la corruption et ne travaillent que pour leurs intérêts. »

Remembering Mohamed Bouazizi: The man who sparked the Arab Spring | Arab  Spring | Al Jazeera

Vingt ans plus tôt les révoltes dans les pays communistes avaient inspiré à Francis Fukuyama cette analyse qui s’applique plutôt bien à l’événement déclencheur de la révolution tunisienne :

« C’est une caractéristique, curieuse des situations révolutionnaires, que les événements qui poussent les gens à prendre les plus grands risques et à saper les bases des gouvernements sont rarement les grands faits que les historien décrivent plus tard comme causes fondamentales, mais plutôt de petits faits, apparemment accidentels. Le peuple n’est pas descendu dans les rues de Leipzig, de Prague, de Timisoara, de Pékin ou de Moscou pour demander que le gouvernement leur donne une « économie postindustrielle », ou même que les supermarchés soient approvisionnés en nourriture. Leur colère la plus ardente fut provoquée par leur perception d’injustices relativement « secondaires » : empri­sonnement ou meurtre d’un prêtre, révélation de la corruption d’un apparatchik local, martyre d’un manifestant devant une police à  la détente facile, fermeture d’un journal, ou refus des dignitaires de recevoir une liste de doléances. Les historiens interprètent plus tard tous ces faits comme des causes secondaires ou annexes, ce qu’ils sont en effet ; mais cela ne les rend pas moins nécessaires a la mise en place de l’enchaînement qui aboutit finalement à la révolution. »

Francis Fukuyama, La fin de l’histoire ou le denier homme, Champs essais , p.212-213