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On a rapporté ici les jugements pour le moins sévères de Julien Gracq et Raymond Aron sur la perspicacité politique d’Alain. Mais si Alain n’a rien compris à la montée des totalitarismes, on doit le créditer d’avoir pressenti une autre catastrophe, non pas en matière politique, certes, mais dans le domaine du transport aérien.
Dans le Propos publié le 31 juillet 1907, Alain place les considération suivantes dans la bouche d’un ingénieur qu’il se donne comme interlocuteur.

« Le dirigeable “Patrie”, que j’ai observé ces jours, ne me paraît pas beau. Savez-vous ce que j’en conclus ? C’est qu’il doit y avoir encore quelque chose là-dedans qui n’est pas bien placé ; c’est que les forces s’y exercent mal ou s’y contrarient ; je le sens avant de pouvoir l’expliquer, parce que je suis familier avec les mécaniques. Telle est mon esthétique, fondée comme vous voyez, sur l’utile et la science de l’utile ; mais elle est méprisée par les hommes de goût et par les femmes les plus cultivées. »

Je n’ai pu retenir mon admiration devant la pertinence de l’exemple quand j’ai découvert, que quatre mois après la publication de ce Propos, le 30 novembre 1907,  le dirigeable Patrie, s’était écrasé.

L’honnêteté intellectuelle oblige cependant à reconnaître à reconnaître que les causes de l’accident ne semblent pas liées à un défaut de fabrication de l’appareil :

« Le 30 novembre 1907, alors qu’il est amarré près de Verdun à la suite d’une avarie moteur survenue le jour précédent, des rafales de vents violents l’emportent vers l’ouest. Le dirigeable toucha le sol en Irlande avant de s’abîmer en mer. »

Source

Pour tout savoir sur la brève existence dirigeable du Patrie, on consultera avantageusement cette page qui lui est consacré (une exploration plus complète du site vous permettra d’ailleurs de découvrir que son petit frère le dirigeable République connut un destin aussi contrarié).