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« Tous les vrais naturalistes, et surtout Georges Leroy, ont d’ailleurs reconnu que ce langage volontaire et perfectible se développe aussi chez les autres animaux supérieurs. Chaque espèce y institue, suivant son organisation et sa situation, sa langue naturelle , toujours intelligible essentiellement pour les rares plus élevées, et même comprise aussi par les êtres moins éminents, quant aux degrés communs de vitalité. Un tel langage se perfectionne graduellement d’après l’essor successif des impulsions intérieures et des influences extérieures qui déterminèrent sa formation. Il ne paraît immobile chez les animaux que faute d’un examen assez approfondi. Toutefois, en tant que toujours subordonné à la socialité correspondante, il comporte nécessairement les mêmes limites naturelles, et subit aussi de semblables entraves artificielles. Or, j’ai assez expliqué, dans le premier volume de ce traité, l’irrésistible fatalité qui borne à notre seule espèce la plénitude du développement social. L’essor spontané des autres sociétés animales se trouvant donc arrêté bientôt par la prépondérance humaine, il en doit être ainsi de leurs propres langues. Chacune d’elles a presque toujours atteint maintenant, et souvent depuis longtemps, l’extension compatible avec l’ensemble des obstacles qui dominent l’espèce correspondante. Mais, puisque notre suprématie constitue ordinairement la plus puissante de ces entraves, on conçoit que, en la supposant supprimée ou même assez suspendue , un progrès appréciable ne tarderait pas à démentir cette immobilité chimérique des langues et des sociétés animales. »

Auguste Comte, Système de politique positive, Tome II, chapitre IV, p. 224