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« Il y a des femmes qui sont dans la vie comme des sœurs de charité. On peut devant elles rien cacher, du moins rien de ce qui fait mal et saigne dans l’âme. Celui qui souffre peut hardiment et avec espoir aller à elles, sans crainte d’être importun, car peu d’entre nous savent ce qu’il peut y voir d’amour infiniment patient, de commisération d’indulgence sans bornes dans certains cœurs féminins. D’immenses trésors de sympathie, de consolation, d’espérance reposent dans ces cœurs purs, si souvent blessés eux aussi, car un cœur qui aime beaucoup souffre beaucoup, mais qui dissimulent soigneusement leur blessure aux regards indiscrets, car le chagrin profond le plus souvent se tait et se cache. Eux, la blessure des autres ne les rebute ni par sa profondeur, ni par sa suppuration, ni par sa puanteur : qui vient à eux, c’est qu’il en est digne ; ils sont comme nés pour le sacrifice… »

F. Dostoïevski, Un petit héros, in Le songe d’un homme ridicule et autres récits
trad. G. Aucouturier, Gallimard Folio, p. 49