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« Elle avait une multitude d’amis et d’amies. Premièrement, rares étaient ceux qui ne l’aimaient pas, et deuxièmement, l’évaporée elle-même n’était pas excessivement difficile dans le choix de ses amis, quoiqu’il y eût dans son caractère beaucoup plus de sérieux qu’on ne pourrait le supposer à en juger d’après ce que je viens de raconter. Mais de toutes ses amies, celle à qui elle réservait sa plus grande affection était une jeune dame, sa lointaine parente, qui se trouvait alors aussi dans notre société. Il y avait entre elles une sorte d’attachement tendre, raffiné, de ces attachements qui naissent parfois de la rencontre de deux caractères, souvent diamétralement opposés l’un à l’autre, mais dont l’un est plus strict, plus profond, plus pur que l’autre, tandis que l’autre, avec une haute humilité et un noble sentiment de ses propres limites, se soumet amoureusement au premier, dont il ressent la supériorité sur lui-même et dont il enferme l’amitié dans son cœur comme un bienfait. Alors s’établit ce tendre et noble raffinement dans les rapports que nouent de pareils caractères : affection et indulgence infinies d’un côté, affection et respect de l’autre, respect qui va jusqu’à une espèce de peur, de crainte de déchoir aux yeux de celui qu’on estime si haut, jusqu’à un désir jaloux, avide, d’approcher plus près de son cœur à chaque pas qu’on fait dans la vie. »

F. Dostoïevski, Un petit héros, trad. G. Aucouturier