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« Les travaux de Dorothy Cheney et Robert Seyfarth sur les singes vervets contiennent maintes observations sur des contextes d’apprentissage. Il arrive ainsi au jeune vervet d’émettre le signal « Prédateur aérien en vue » à propos de toutes sortes de choses tombant des arbres ou encore « Serpent ici » en entendant un bruit de feuilles sur le sol. Le vervet adulte ne commet plus normalement ce genre d’erreur, non plus qu’il ne commet celle, fréquente chez les jeunes, d’émettre le signal « Préda­teur aérien en vue » lorsqu’il s’agit d’un vautour, inoffensif, à la différence de l’aigle. La scène suivante a été observée : un jeune émet le cri d’alarme dont la structure sonore correspond à celle de « Léopard en vue »; sa mère et lui grimpent instantanément à un arbre; là elle s’aperçoit qu’il ne s’agit que d’une mangouste et lui administre une tape. Pour répondre au reproche qui leur a été fait de rapprocher abusivement les signaux du vervet des mots humains, fonctionnellement s’entend, Cheney et Seyfarth se sont appliqués à mettre au point une technique expérimentale d’habituation/déshabituation. Ils furent alors les témoins d’un phénomène décrit par La Fontaine dans l’une de ses fables. L’un des vervets criait tant au loup que les autres finirent par l’ignorer. Ces derniers auraient donc fait la part entre émission du message standard et contenu informatif. Surtout — mais les deux phénomènes sont liés — ils ne confondraient pas la représentation formée par le vervet, dûment communiquée, et la situation représentée, absente du monde réel selon eux. »

Jean-Marie Hombert et Gérard Lenclud, Comment le langage est venu à l’homme, Fayard, p. 196 – 197