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« Le trop grand désir de leur plaire suppose le besoin qu’on en a. Ils ne sont jamais plus portés à nous juger avec sévérité, que lorsqu’ils nous voient chercher servilement à nous les rendre favorables. C’est avouer que nous croyons qu’un homme nous est supérieur, que d’être timide devant lui. Cette crainte de lui déplaire, même en le flattant, ne nous le gagne pas. L’hommage que nous lui rendons l’enhardit à nous trouver des défauts, sur lesquels, sans nos ménagements pour lui, il n’aurait peut-être jamais osé porter ses yeux. Il est vrai qu’il veut bien s’y prêter, mais la bonté avec laquelle il les excuse est une injure pour nous, que plus de confiance en nous-mêmes nous aurait épargnée. Cet orgueilleux qui pousse la facilité jusque à vouloir bien nous rassurer, qui, en blâmant nos vices, nous estime assez peu pour ne plus nous dissimuler les siens, se serait cru trop heureux d’obtenir de nous l’indulgence qu’il nous accorde, si nous n’avions pas cru avoir besoin de la sienne. »

Crébillon fils, Les égarements du cœur et de l’esprit, p. 247 – 248