Étiquettes

, , ,

Poursuivant ma lecture de L’instinct du langage de Steven Pinker, je tombe sur ce passage fascinant qui peut attirer notre attention sur le potentiel créatif d’une certaine forme de stupidité :

« Les analyseurs d’ordinateurs sont très pointilleux, et c’est tant mieux. Ils trouvent des ambiguïtés tout à fait légitimes en ce qui concerne la grammaire, mais dont aucune personne saine d’esprit n’aurait l’idée. L’un des premiers analyseurs d’ordinateur, mis au point à Harvard dans les années 1960, nous en donne un exemple célèbre : la phrase Time flies like an arrow est sûrement sans ambiguïté si tant est qu’il y ait jamais eu une phrase sans ambiguïté (sans tenir compte de la différence entre sens littéral et sens métaphorique, ce qui n’a rien à voir avec la syntaxe). Or, à la grande surprise des programmeurs, l’ordinateur à l’œil vif a trouvé pour cette phrase cinq arbres différents :

Time proceeds as quickly as an arrow proceed. C’est ce qu’on a voulu dire

Measure the speed of the flies in the same way you measure the speed of an arrow. Time devient le verbe mesurer le temps.

Measure the speed of flies in the same way that an arrow measures the speed of flies. Ambiguîté du premier terme de la comparaison comme dans « Je vous traiterai comme mon fils ».

Measure the speed of flies that resemble an arrow. Alternative de l’ambiguïté précédente.

Flies of a particular kind, time-flies, are fond of an arrow.

Steven Pinker, L’instinct du langage, Odile Jacob 2008, p. 207 – 208