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Et si nous comparions les thèses de Goethe et Hume quant au rôle des comparaisons en matière esthétique.

« Il est impossible de persévérer dans la pratique de la contemplation de quelque ordre de beauté que ce soit, sans être fréquemment obligé de faire des comparaisons entre les divers degrés et genres de perfection, et sans estimer l’importance relative des uns par rapport aux autres. Un homme qui n’a eu aucune possibilité de comparer les différentes sortes de beauté n’a absolument aucune qualification pour donner son opinion sur un objet qui lui est présenté. C’est seulement par comparaison que nous fixons les épithètes de louange, ou de blâme, et apprenons à assigner le juste degré de l’un ou de l’autre. Le plus grossier des barbouillages comporte un certain lustre de couleurs, et une exactitude d’imagination, qui sont en tant que tels, des beautés, et affecteraient de la plus grande admiration l’esprit d’un paysan ou d’un Indien. Les ballades les plus vulgaires ne sont pas entièrement dépourvues d’harmonie, ni de naturel, et personne, si ce n’est un homme familiarisé avec des beautés supérieures, n’énoncerait que leurs rythmes sont désagréables, ou que les histoires qu’elles content sont sans intérêt. Une grande infériorité de beauté donne du déplaisir à une personne accoutumée aux plus grandes perfections dans ce genre, et elle est considérée pour cette raison comme une laideur, de même que nous supposons naturellement que l’objet le plus fini que nous connaissions atteint le summum de la perfection, et qu’il mérite les plus grands applaudissements. Quelqu’un d’accoutumé à voir, à examiner et à peser la valeur des réalisations de diverses sortes qui ont été admirées dans des époques et des nations différentes, est seul habilité à juger des mérites d’une œuvre qu’on lui présente, et à lui assigner le rang qui lui revient parmi les productions du génie. »

David Hume, De la norme du goût

« À la question de savoir si, face à des œuvres d’art, il faut recourir à des comparaisons, nous aimerions apporter la réponse suivante : le connaisseur cultivé pourra comparer ; il perçoit en effet l’idée, il a saisi le concept de ce qui peut et doit être produit; pour l’amateur en train de se former, il est plus profitable de ne pas comparer mais de considérer isolément chaque mérite : ainsi se formera peu à peu chez lui le sens de l’universel. Pour qui n’est pas un connaisseur, faire des comparaisons n’est qu’une façon commode de se dispenser de tout jugement. »

Johann Wolfgang von Goethe, Maximes et réflexions, §. 783