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Après l’evidence based medicine, et l’evidence-based education, est apparu l’evidence based parenting.  Qui oserait se vanter de recourir dans l’éducation de ses enfants à des pratiques dont il serait scientifiquement démontré qu’elles sont inefficaces voire nuisibles ? D’un autre côté voulons-nous de ce qui peut apparaitre comme l’aboutissement d’un tel mouvement ? Pour nourrir la réflexion à ce sujet on ne peut que recommander la lecture de Progéniture, une des géniales nouvelles de Philip K. Dick.

« Janet avait raison. C’était pour le bien de Peter. Peter ne vivait pas pour eux, comme un chien ou un chat, un animal familier dans la maison. C’était un être humain doté d’une vie propre. La formation lui était destinée à lui, et non à eux deux. Il s’agissait de son développement, de ses capacités et de ses pouvoirs à lui. On allait le modeler, le façonner, faire ressortir sa personnalité.
Naturellement, c’étaient les robots qui s’en tireraient le mieux. Ils sauraient l’élever scientifiquement, selon des méthodes rationnelles. Sans sautes d’humeur. Les robots ne se mettaient pas en colère, eux. Ils ne pinaillaient pas, ils ne se lamentaient pas continuellement. Ils ne donnaient pas la fessée aux enfants et ne leur criaient pas après. Ils ne donnaient pas d’ordres contradictoires. Ils ne se querellaient pas entre eux et n’utilisaient pas l’enfant à leurs propres fins. Et avec des robots pour seul entourage, pas de complexe d’ Œdipe à redouter.
Ni d’autres complexes, d’ailleurs. On savait depuis bien longtemps que la névrose avait sa source dans l’éducation que recevait l’enfant. Dans la façon dont ses parents l’élevaient. Les inhibitions qu’ils lui inculquaient, les comportements, les leçons, les punitions et récompenses. Névroses, complexes, anomalies du développement, tout cela provenait de la relation subjective qu’entretenaient parents et enfants. Si le facteur « parents » pouvait être éliminé…
Les parents n’étaient jamais capables d’objectivité vis-à-vis de leur enfant. Ils faisaient immanquablement sur lui une projection affective tendancieuse. Il était inévitable que leur point de vue soit erroné. Aucun parent ne pouvait être un bon instructeur pour son enfant.
En revanche, les robots, eux, savaient observer l’enfant, analyser ses besoins, ses désirs, tester ses aptitudes et ses centres d’intérêt. Jamais ils ne forçaient un enfant à se couler dans un moule particulier. On l’élevait au gré de ses propres tendances, toujours dans le sens de ses intérêts et de ses besoins, tels que déterminés par l’analyse scientifique. »

Philip K. Dick, Nouvelles 1947-1953, p.744

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