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L’écho du poème

Quand la nuit descend comme une coulée de lave sur ma peau
Quand les étoiles désertent mes territoires,
Je lis de la poésie.

Quand l’obscurité se tasse au fond du puits dans la grande maison de l’enfance
Quand un pigeon mort de solitude me regarde avec effroi
J’écris de la poésie.

Quand la rue m’habite et déchire ma chemise,
Lorsque la clameur de la foule se lève comme la colère du peuple dépossédé
Je vois Nazim Hikmet dans sa cellule de Borsa
Je lis dans son cœur l’humanité captive de son souffle.

Quand l’amour de la vie tombe dans une jarre d’huile d’olive et que le souvenir s’entête à dire la grâce d’un matin où tout est possible
Quand le jour réclame sa part d’eau
Et le cœur tremble
Quand la terre s’ouvre pour recevoir l’enfance meurtrie
Et que des mains écorchées se souviennent du crime
Quand le foie des mères, arraché à la douleur, est jeté à la louve
Je ferme les yeux et me souviens de tous les poèmes classés dans les archives du sang.
J’en épèle les syllabes.
J’attends le silence, l’écho du poème balbutié par les mourants.

Tahar Ben Jelloun

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