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« DOUZIÈME PRINCIPE. Quelque penchant qu’on ait à retenir sa plume, on doit toujours se méfier de soi-même ; et pour s’empêcher d’écrire une chose, il suffit qu’on ait trop de passion pour l’écrire.

Je l’ai déjà dit : l’homme doit se posséder pour écrire d’une manière raisonnable ; mais ce n’est pas dans le temps où la passion parle que l’homme se possède. Trop d’envie d’écrire une chose n’est pas toujours une passion répréhensible ; mais ce doit toujours être un temps suspect à un écrivain sage et discret. Cet empressement est du moins un com­mencement de passion ; quelques réflexions sur ce qu’on veut écrire, et sur la manière dont on le veut, ne gâtent rien. C’est un remède aisé ; il ne faut qu’un retour d’esprit, qu’une pensée, pour calmer et rectifier un premier mouvement. »

Abbé Dinouart, L’art de se taire
Payot 2011, p. 122