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Il y a un détail qui m’a marqué dans ce que me racontait ma grand-mère sur les bombardements alliés pendant l’occupation : c’est que les Américains avaient la réputation de bombarder à plus haute altitude que les Anglais. J’ai longtemps pensé que cela étayait l’idée que les britanniques avaient un plus grand souci   d’éviter de frapper par accident les populations civiles (je ne saurais dire  si c’est ce que ma grand mère elle même avait suggéré, ou si c’était une conclusion strictement personnelle). La récente lecture d’un ouvrage sur la bataille de Normandie me permet de prendre conscience de mon erreur d’interprétation : s’il est vrai que les Anglais bombardaient à plus basse altitude que les Américains, ce n’est pas pour les raisons que je pensais :

  « La méthode de bombardement des Britanniques, mise au point sur les villes allemandes, le carpet bombing, est particulièrement redoutable. Les Américains agissent tra­ditionnellement de jour, d’assez haut et égrènent leurs bombes au passage sur l’objectif. Le Bomber Command, lui, attaque de nuit, à faible altitude et reste au-dessus de la cible, en tournant. On conçoit aisément que les dégâts sont beaucoup plus considérables, encore aggravés par l’utilisation massive de bombes incendiaires. »

Jean Quellien, La bataille de Normandie, Tallandier 2014, p. 64

Très clairement, dans le cas de la Normandie, ce ne sont pas les Britanniques qui ont eu le plus grand souci des pertes civiles dans les bombardements :

« Obnubilé par l’idée d’empêcher l’arrivée rapide de renforts adverses, l’état-major allié a décidé d’anéantir une dizaine de villes bas-normandes situées en arrière des côtes, sur un arc de cercle allant de Pont-l’Évêque à Coutances. En les réduisant en ruines, les Alliés entendent ainsi broyer les nœuds de communication qu’elles consti­tuent et paralyser — ou du moins ralentir considérable­ment — la montée des colonnes blindées allemandes vers la tête de pont. Aux yeux des chefs militaires, l’enjeu est essentiel. La destruction des villes normandes a donc été programmée, quel qu’en soit le prix à payer. Nul n’ignore le carnage que ces pilonnages massifs vont provoquer. Les généraux américains, plus sensibles au sort des popula­tions civiles que leurs homologues britanniques, ont fait valoir que le bombardement de cités françaises dépour­vues d’installations militaires allemandes était « détestable ». Mais en définitive, ‘ils ont dû s’incliner, non sans avoir pourtant obtenu que des tracts soient massivement lancés dès l’aube du 6 juin pour alerter les habitants et les inciter à quitter, les villes au plus tôt. Malheureusement, largués de trop haut, la plupart de ces avertissements se sont égarés loin de leurs objectifs. Les quelques personnes qui les eurent finalement entre les mains, incrédules, les prirent rarement au sérieux.

ibid, p. 62

La  destruction des villes normandes ne semble pas avoir été très efficace pour retarder l’acheminement des renforts allemands. Pour ce qui est des dégâts collatéraux :

« Au total, les bombardements aériens ont été responsables de la mort des deux tiers environ des 20 000 civils normands tués au cours de l’été 1944. »

ibid, p. 65

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Il se trouve que la même confusion qui faussait mon interprétation des méthodes de bombardements britanniques (croire que le but est de préserver les civils alors qu’il est d’être plus efficace dans la destruction des objectifs) est à la base de l’escroquerie intellectuelle des frappes chirurgicales.

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