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« La populace va voir des « choses à voir ». On se contente toujours de demander si le tombeau de Napoléon est digne d’être vu par Monsieur Schulze, sans jamais se demander si monsieur Schulze est digne de le voir. »

Karl Kraus, Aphorismes
trad. Pierre Dehusses, Rivages, p. 87 – 88

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Ces quelques lignes de Kraus me ramènent à un thème que que j’ai abordé naguère à partir d’une citation du moine Kenkô. Mon propos était alors de souligner qu’on n’avait pas attendu le tourisme de masse pour exprimer du dégoût envers les rustres qui souillent par leur grossièreté le spectacle qu’ils prétendent apprécier.

Bien sûr l’aphorisme de Kraus suinte le mépris de classe comme on se plaît à dire aujourd’hui, mais on peut contourner cette objection et accéder à ce que le propos de Kraus a d’indéniablement pertinent en nous reconnaissant dans Monsieur Schulze une image de nous-mêmes. Se demander si on n’est pas soi-même un rustre (avant de vitupérer contre la grossièreté des autres) est d’ailleurs sûrement une condition essentielle pour ne pas en être un. Que chacun se demande « est-ce que je mérite Venise? » ou « est-ce que je suis digne du Taj Mahal? » et ces lieux seront sauvés.

Pratiquons le tourisme éthique : restons chez nous !

 

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