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« Combien ces vaisseaux, entourés d’eau de tous côtés, lui étaient supérieurs ! Ils flottaient ; la mer salée les menait partout où il leur plaisait d’aller. En les contemplant, il sentait un courant de sympathie venir à lui de ces énormes masses ; elles étaient chargées d’un message à son adresse. Mais, au commencement, il ne comprit pas ce message ; et puis, il trouva le mot juste dont il fallait qualifier la nature de ces bateaux : c’était « superficiel » : ils restaient à la surface de l’eau. C’est en cela que résidait leur puissance. Le danger pour un bateau, c’est d’aller au fond des choses, d’échouer. Les vaisseaux sont creux, c’est le secret de leur existence ; les plus grandes profondeurs sont à leur service tant qu’ils restent creux.

A cette pensée, un flot de bonheur envahit le cœur de Charlie, et il se mit à rire dans la nuit.

« Mes amis ! se disait-il, j’aurais dû venir vous trouver il y a longtemps ! O voyageurs magnifiques ! Voyageurs en surface, voyageurs courageux qui triom­phez des abîmes ! Je vous serai reconnaissant pendant ma vie entière. Dieu vous maintienne à flot, ô vais­seaux ! mes frères ! Que Dieu nous conserve notre pouvoir de rester superficiels ! de rester à la surface des choses ! »

Karen Blixen, Le jeune homme à l’œillet, in Contes d’hiver
trad. Marthe Metzger, Gallimard Folio, p. 40 – 41

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