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« A cette époque, toute l’existence d’une femme n’avait qu’un seul centre de gravité, ce qui la rendait plus facile qu’elle ne l’est devenue par la suite. Une femme pouvait tranquillement empoisonner ses parents, tricher au jeu, elle était toujours une « honnête femme » aussi longtemps qu’elle ne péchait pas contre son « honneur ». S’il plaisait aux dames de ces temps révolus de faire un marché avec le diable, elles pouvaient fixer elles-mêmes le prix de leur cœur et de leur âme. Mais le corps était leur grand capital, et celles qui en abaissaient le prix, fixe et inviolable se livraient à une concurrence déloyale, faussaient le marché, et c’était là le crime impardonnable. Plus haut la femme estimait-elle le prix de son corps, plus grande était sa réputation de sainteté, et il valait mieux qu’elle eût rendu beaucoup d’hommes malheureux que d’avoir fait le bonheur de quelques-uns. »

Karen Blixen, Le raz de marée de Norderney, in Sept contes gothiques, p. 33 – 34

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