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Les imperfections du système visuel exercent semble-t-il un charme particulier sur les futurs philosophes.

C’est du moins ce que laisse penser le cas, assez connu, de Descartes :

« Lorsque j’étais enfant, j’aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ; au moyen de quoi l’impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui se faisait aussi pour émouvoir en moi la passion de l’amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu’à en aimer d’autres, pour cela seul qu’elles avaient ce défaut ; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j’y ai fait réflexion, et que j’ai reconnu que c’était un défaut, je n’en ai plus été ému. »

Lettre à Chanut du 6 juin1647

… confirmé par l’exemple, moins fameux, de Popper :

 » [la compassion] fut la composante essentielle de ma première expérience amoureuse qui eut lieu alors que j’avais quatre ou cinq ans. On m’avait emmené dans un jardin d’enfants, et là, je rencontrai une jolie petite aveugle. Mon coeur fut déchiré à la fois par le charme de son sourire, et par ce que son infirmité avait de tragique. Ce fut le coup de foudre. je ne l’ai jamais oubliée bien que je ne l’aie rencontrée qu’une seule fois, pendant une heure ou deux seulement. »

Karl Popper, La quête inachevée, Calmann-lévy Pocket, p. 7-8

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