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L’adaptation à l’univers numérique c’est aussi une question de modification physique :

« Certains se souviennent peut-être des frayeurs millé­naristes qui inquiétèrent beaucoup de nos contemporains lors du passage à l’an 2000. Celles-ci ne tenaient qu’à cette fichue habitude de compter sur nos dix doigts, ce qui a imposé la numération en base dix. Convenons-en, à l’époque moderne, dans la société numérique, cela n’a plus de sens : hommes ou machines, archaïsme ou progrès, il faut choisir ! Et si l’on veut vraiment entrer dans la modernité, bannissons de telles conventions imprégnées d’un anthropo­morphisme désuet !

Pour expurger tous ces résidus, un remède radical, simple et peu coûteux existe. Il est de mon devoir de vous l’indi­quer, même s’il apparaîtra incongru aux yeux de certains : on devrait, à la naissance, couper les neuf doigts superfé­tatoires, pour que tous apprennent, dès le plus jeune âge, à compter en base 2 avec le doigt restant. Plié, tendu, plié, tendu, plié, plié… 0,1,0,1,0,0, rien de plus facile. Et quoi de plus propice à l’avènement d’une vraie civilisation numé­rique dépouillé de tous ces inutiles oripeaux anthropo­morphiques ! Qui plus est, on en profiterait pour instituer un rituel baptismal laïque qui serait du meilleur effet. Je vous vois hésiter. Vous reculez ? Pourtant, la modernité est à ce prix, sachez-le ! »

Jean-Gabriel Ganascia, Intelligence artificielle; vers une domination programmée
ed. Le cavalier bleu, 2017

Accessoirement l’adoption de cette mesure donnerait une raison décisive de dire « digital » plutôt que « numérique ».

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