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A deux reprises j’ai évoqué le problème de l’unité du Dieu juge et du Dieu objet d’amour. Je viens de tomber sur un texte de Kierkegaard qui pourrait aider à comprendre comment l’amour peut susciter le juge.

« Pourquoi as-tu désiré avoir tort envers un être humain ? Parce que tu aimais ; pourquoi y as-tu trouvé de l’édification ? Parce que tu aimais. Plus ton amour a été fort, moins aussi tu as eu le temps d’examiner si tu avais raison ou non ; le seul et unique désir de ton amour, c’était d’avoir toi-même tort constamment. De même dans ton rapport avec Dieu. Tu l’aimais ; aussi ton âme ne pouvait-elle trouver de repos ni de joie que dans le sentiment d’avoir toi-même toujours tort. Tu n’en es pas venu à cet aveu en partant des embarras de la pensée ; tu n’y étais pas obligé, car lorsque tu es dans l’amour, tu es aussi dans la liberté. Quand donc la pensée ta donné l’assurance qu’il en était bien ainsi, qu’il te fallait toujours avoir tort, ou qu’il fallait toujours que Dieu eût raison, et qu’il ne pouvait en être autrement, cette assurance t’est venue après coup ; et si tu en es venu à la certitude d’avoir tort, ce n’est pas en partant de la connaissance que Dieu avait raison ; mais, partant de l’unique et suprême désir, inspiré par l’amour, qu’il te fallait toujours avoir tort, tu en es venu à connaître que Dieu avait toujours raison. Mais ce désir est caractéristique de l’amour et relève ainsi de la liberté ; et tu n’étais alors nullement obligé de reconnaître que tu avais tort. Tu n’as donc pas acquis la certitude d’avoir toujours eu tort par le raisonnement ; cette certitude tenait à l’édification que tu trouvais dans ton désir d’avoir tort.

Søren Kierkegaard, L’alternative (OC, IV, 312-313)
« L’édification apportée par la pensée qu’envers Dieu nous avons toujours tort »
cité par B. Sève dans La question philosophique de l’existence de Dieu

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