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« Il n’est pas du tout ridicule ou absurde celui qui, tout en pensant à se tuer, serait embêté et aurait peur de tomber sous une automobile ou d’attraper une maladie. A part la question de la plus grande ou de la moindre douleur, il reste toujours que vouloir se tuer, c’est désirer que sa mort ait une signification, qu’elle soit un choix suprême, un acte unique en son genre. Il est donc naturel que le candidat au suicide ne supporte pas l’idée de tomber par hasard sous un véhicule ou de crever d’une pneumonie ou de quelque chose d’aussi insensé (meaningless). Et donc attention aux carrefours et aux courants d’air. »

Cesare Pavese, Le métier de vivre, 8 janvier 1938

Pavese évoque le suicide dans son journal dès 1936 et la lecture du Métier de vivre donne à croire que pensée du suicide l’a accompagné jusqu’à ce qu’il mette fin à ses jours le 27 août 1950. Un jour peut-être trouverai-je le courage d’écrire l’article sur le sujet que j’ai un temps projeté.

On notera que, de même qu’il faut distinguer et vouloir mourir et vouloir se tuer, il faut distinguer vouloir la mort d’une personne et vouloir la tuer. Dans les deux cas la distinction tient évidemment à ce qu’on peut désirer mourir / la mort de quelqu’un sans oser franchir le pas de se tuer / la tuer, mais elle tient aussi, comme le souligne ici Pavese, à ce qu’on peut vouloir que la mort survienne mais seulement à condition que ce soit par notre main. L’analyse que Pavese applique ici au suicide a son équivalent pour la mort d’autrui. On peut penser par exemple au cas de Pierre Laval dont on fit échouer la tentative de suicide afin de s’assurer de pouvoir le fusiller dans la foulée : il ne fallait pas seulement qu’il meurt, il fallait que sa mort ait la signification d’un acte de justice.

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