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« De la même manière qu’il existe, dans la langue française, une distinction entre les mots islam (culte islamique) et Islam (sociétés à référentiel isla­mique*), nous pensons devoir distinguer les musul­mans (fidèles de l’islam) des Musulmans (individus assimilés aux musulmans sans forcément se réclamer d’une religion). Ce dernier terme, avec une majus­cule, avait déjà été employé en République fédérative socialiste de Yougoslavie, qui éclata dans le sang et les larmes au début des années 1990

« Pendant longtemps, les Slaves qui s’étaient convertis à l’islam sous le régime turc étaient dési­gnés par le nom de « Turcs », bien que leur langue fût le serbo-croate. A partir de 1968 on commença à désigner officiellement leur ethnie du nom de « Musulmans », avec majuscule (« musulmans » avec minuscule désignant la religion). La pratique de la foi n’était pas requise. On pouvait être « Musulman athée » ou même « Musulman communiste »**. »

Dans le contexte yougoslave, les Musulmans fai­saient donc partie d’un groupe national minoritaire, héritier de la période ottomane mais pas nécessaire­ment associé à une pratique religieuse. Ces caractéris­tiques peuvent être utiles pour comprendre les enjeux relatifs à la question des Musulmans en France voire au delà. »

Nedjib Sidi Moussa, La fabrique du Musulman
ed. Libertalia, 2017, p. 29

Pour éviter les malentendus que pourrait susciter la citation d’un simple extrait, peut-être est-il nécessaire de préciser que le propos de Nedjib Sidi Moussa est de dénoncer cette fabrique du Musulman (et notamment l’assignation identitaire que subissent les athées ou les agnostiques) et non pas d’y participer.  Malheureusement je ne le trouve pas très clair quand il s’agit d’identifier les tenants et aboutissants (et en particulier les acteurs et leurs motivations) de cette « fabrique » :

 « Cette catégorie procède de facteurs objectifs — qui relèvent pour partie les dynamiques propres de l’immigration maghrébine, des évolutions de la société française ou de l’agonie de la démocratie représentative — et du travail subjectif d’acteurs plus ou moins conscients de leurs buts : entrepreneurs communautaires (intervenant dans les secteurs économique, associatif ou religieux), hauts fonctionnaires, élus politiques, journalistes, éditeurs, universitaires, etc. »

ibid, p. 31

L’auteur s’en prend explicitement à l’étude de L’institut Montaigne sur l’islam en France, en lui reprochant d’accréditer cette idée d’une identité musulmane élargie au delà du cercle des pratiquants et des croyants déclarés  :

« L’Institut Montaigne a publié une étude sur l’islam français dont les résultats ont été abondam­ment commentés, sans un mot sur sa méthodologie. Les «musulmans» interrogés étaient des « personnes se déclarant de confession musulmane ou ayant au moins un parent musulman». L’enquête repo­sait sur « un échantillon spécifique de personnes musulmanes ou de culture musulmane; elles représentent 1029 individus, parmi lesquels 874 se définissent comme musulmans». Tout devient pos­sible en matière de musulmanologie… »

Sur ce point on peut renvoyer avantageusement à la critique dévastatrice de la méthodologie de l’étude de l’Institut Montaigne à laquelle s’est livrée la blogueuse Mélusine.

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