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Schöpfungslieder.

I.

Im Beginn schuf Gott die Sonne,
Dann die nächtlichen Gestirne;
Hierauf schuf er auch die Ochsen,
Aus dem Schweiße seiner Stirne.

Später schuf er wilde Bestien,
Löwen mit den grimmen Tatzen;
Nach des Löwen Ebenbilde
Schuf er hübsche kleine Katzen.

Zur Bevölkerung der Wildniß
Ward hernach der Mensch erschaffen;
Nach des Menschen holdem Bildniß
Schuf er intressante Affen.

Satan sah dem zu und lachte:
Ey, der Herr kopirt sich selber!
Nach dem Bilde seiner Ochsen
Macht er noch am Ende Kälber!

II.

Und der Gott sprach zu dem Teufel:
Ich der Herr kopier’ mich selber,
Nach der Sonne mach’ ich Sterne,
Nach den Ochsen mach’ ich Kälber,

Nach den Löwen mit den Tatzen
Mach’ ich kleine liebe Katzen,
Nach den Menschen mach’ ich Affen;
Aber du kannst gar nichts schaffen.

III.

Ich hab’ mir zu Ruhm und Preiß erschaffen
Die Menschen, Löwen, Ochsen, Sonne;
Doch Sterne, Kälber, Katzen, Affen,
Erschuf ich zu meiner eigenen Wonne.

Heinrich Heine, Neue Gedichte
Verschiedene

*

Chants de la création

I

Au début Dieu créa le soleil,
Puis les astres de la nuit;
Sur ce, il créa les bœufs
Avec la sueur de son front.

Plus tard il créa les bêtes sauvages,
Des lions aux griffes acérées ;
À l’image du lion il créa
D’adorables petits chats.

Pour peupler les terres sauvages
C’est l’homme ensuite qui fut créé;
D’après son charmant portrait
Il créa des singes intéressants

Satan le regardait et dit en s’esclaffant :
Tiens, le Seigneur se copie lui-même !
Voilà qu’à l’image de ses bœufs
Pour finir il fait des veaux !

II

Dieu parla au diable et dit :
Je suis le Seigneur et me copie moi-même,
D’après le soleil je fais les étoiles,
D’après les bœufs je fais les veaux,
D’après les lions avec leurs griffes
Je fais d’adorables petits chats,
D’après les hommes je fais des singes ;
Mais toi tu ne peux rien créer.

III

Pour ma gloire et mes louanges j’ai créé
Les hommes, les lions, les bœufs et le soleil ;
Mais les étoiles, les veaux, les chats, les singes,
Je les ai faits pour mon plaisir.

trad. Anne-Sophie Arstrup et Jean Guégan

Convergence évolutive ou auto-plagiat ?

Précisons d’abord qu’il y a quatre autres Schöpfungslieder que je n’ai pas cités parce qu’ils délaissent le thème de l’autoplagiat ou de l’autopastiche divin sur lequel je souhaite me concentrer. Les Lieder suivants confirment cependant ce qu’on discerne déjà ici, à savoir que revisiter la Genèse est pour le poète un moyen de nous parler de sa propre activité créatrice. Si l’artiste est logiquement identifié à Dieu, l’identification à Satan du critique mal embouché est astucieuse et enrichit la gamme des portraits psychologiques de l’Ange Déchu.

Le troisième Lied en explicitant les motivations respectives de la création des originaux (la gloire) et des copies (le plaisir) suggère que Dieu, s’il se copie lui-même ne se rend pourtant pas coupable du genre d’auto-plagiat dont est accusé Etienne Klein. Mais pouvons nous croire Dieu sur parole ? et si le Satan-critique, quelque incapable de créer qu’il soit, avait raison de soupçonner que Dieu a manqué d’inspiration, que sa créativité n’était pas à la hauteur de la tâche de faire un monde.

On peut examiner le sujet par un autre bout et se demander comment le spectateur de la nature qui s’attache à la voir-comme une œuvre d’art peut déterminer, quand deux créatures se ressemblent, laquelle est l’original et laquelle la copie, laquelle le brouillon et laquelle l’œuvre achevée. Et si nous n’étions un pastiche du singe ? Pour trancher ce genre de questions les naturalistes créationnistes ne devraient-ils pas appliquer à l’étude de la nature les méthodes de l’histoire de l’art ? Cette suggestion risque cependant d’être sans application dans la forme la classique du créationnisme qui suppose un créateur omniscient ayant conçu de toute éternité le plan de sa création : pas de place pour l’auto-plagiat ou l’auto-pastiche dans une conception anhistorique de la création.

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