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« Prends un pain et cache-le sous ton aisselle, ne le montre à personne et dis : « Certes, non seulement je ne le donnerai personne, mais ne le montrerai pas. » Si ce pain est tombé devant la porte de quelqu’un et que les chiens mêmes ne le mangent pas, tant le pain est abondant et bon marché, dès que tu commences à le défendre, tout le monde le convoite et cherche des moyens de se le procurer; ils tiennent de méchants propos ou insistent : « Certainement, nous voulons ce pain dont tu nous prives ; tu le caches, nous voulons le voir. » Si tu caches ce pain dans ta manche pendant une année, en insistant exagérément que tu ne veux ni le donner ni le montrer, leur appétit à l’égard de ce pain devient illimité, parce que ce l’homme est avide de ce qu’on lui défend ».
Plus tu ordonnes à une femme de se cacher, plus elle est tentée de se montrer; le fait qu’elle est cachée augmente le désir de la voir. Tu te crois tranquille, alors que tu attises le désir des deux côtés; tu penses réformer les choses, alors que là est l’essence de la corruption ! Si par nature elle est bonne, jamais elle ne commettra de mauvaise action, que tu le lui défendes ou non. Elle n’agira que suivant sa bonne mature et son caractère pur. Sois donc tranquille, et sans soucis. Si elle est à l’inverse, elle fera aussi ce qu’elle veut, et la défense, en réalité, ne fera qu’augmenter son désir. »

Djalâl ad-Dîn Rûmî, Le Livre du dedans
trad. Vitray-Meyerovitch, Actes Sud, Babel, p. 121

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