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A quelles conditions les élèves de terminale qui vont plancher sur l’épreuve de philosophie du baccalauréat demain pourraient ils accuser de publicité mensongère les divers sites qui, depuis déjà plusieurs mois, prétendent leur révéler « les sujets probables du bac 2017 »? Je dois avouer que cette expression « sujets probables » a tendance à m’agacer car je soupçonne ceux qui l’emploient de « survendre » la plus-value cognitive des informations qu’ils fournissent en exploitant le besoin qu’ont les candidats d’être rassurés. Je vais essayer de tirer au clair ce qui me gène avec cette expression.

Il y a d’abord une difficulté qui tient à l’articulation entre un usage absolu et un usage relatif de l’adjectif « probable ». D’une part, on distingue couramment les événements probables et les événements improbables (les sujets probables et les sujets improbables) comme s’il s’agissait de deux ensembles bien distincts ; mais d’autre part, on sait que la probabilité est une affaire de degré.  La question est est alors de savoir où situer, sur une échelle de probabilités de 0 à 1, le seuil en fonction duquel on classe un événement dans la catégorie « probable » ou dans la catégorie « improbable ». On peut écarter l’idée d’utiliser « probable » comme signifiant « de probabilité non nulle » car cela reviendrait à annuler la nuance existant dans l’usage entre « c’est possible » et « c’est probable ». J’imagine qu’il doit exister des études sur notre notion pré-scientifique / intuitive de probabilité … mais je ne vais pas attendre d’en avoir pris connaissance pour ratiociner sur le sujet. Il me semble que le point suivant mériterait d’être éclairci : lorsque nous disons qu’un événement est probable, nous basons-nous sur une appréciation  de sa probabilité « intrinsèque » ou nous appuyons-nous implicitement sur une comparaison avec la probabilité des autres cas possibles ? Si nous tirons à pile ou face, il apparaitrait un peu étrange de dire « pile sortira probablement » puisque face est tout aussi probable, en revanche si dans une compétition dans laquelle il y a 30 vainqueurs possible, un des concurrents a une chance sur deux de gagner, il ne parait pas absurde de dire qu’il gagnera probablement. Une manière vraisemblable d’articuler l’usage absolu et l’usage relatif de « probable » serait de considérer que l’usage absolu de « probable » désigne le plus probable d’un ensemble de possibles. Mais qu’en est-il lorsque le plus probable a lui même une probabilité intrinsèque faible ? par exemple, dans une compétition à 1000.000 de concurrents dirait-on que celui qui a les meilleures chances de victoire qu’il est le vainqueur probable s’il n’a qu’une chance sur 10.000 de gagner ? On peut supposer que notre usage absolu de « probable » présuppose une pertinence de l’information pour une prise de décision.

Ceci me conduit à signaler une autre difficulté de l’expression « les sujets probables du bac » qui tient à l’article défini et au pluriel. Admettons que la meilleure manière de donner un sens à cette expression soit d’en faire l’équivalent de « les sujets les plus probables », il demeure une question : si on classe tous les sujets possibles par ordre de probabilité décroissante, où s’arrêter dans la liste ? J’observe que le site L’internaute promettait « tous les sujets probables » ce qui nous ramène à l’alternative précédente : fixer un seuil (comment ?) ou identifier probable et possible. Il va de soi que les considérations pratiques sont ici déterminantes dans notre entente de « probable » : les candidats ne sont intéressés par une liste des sujets les plus probables que si leur nombre est suffisamment restreint pour qu’elle leur permette de concentrer efficacement leurs efforts.

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