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L’aubergine est un signe funeste, un pied bot, une massue brillante, son poids est en vente libre.

Le plat d’aubergine mis en vente est goûteux, il n’a pas de recette, seulement des complices.

La mise en bouche de l’aubergine est une œuvre de destruction, celui qui alors pelle l’aubergine est un barbare et pire.

Naturellement  l’aubergine est dépourvue d’âme  ; mais l’âme  dont l’aubergine est dépourvue est une âme d’aubergine, pas une autre.

Il n’est pas conseillé de manger l’aubergine avec un couteau et une fourchette.

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Oskar Pastior, Un poème tango et autres textes trad. Sabine Macher
in Lectures avec Tinnitus & autres acoustiures, ed. Grèges

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Si j’en crois l’aperçu biographique qui clôt l’anthologie Lectures avec Tinnitus & autres acoustiures, Oskar Pastior, aurait exercé la fonction de cloueur de caisse d’aubergines au cours de sa jeunesse roumaine (il appartenait à la communauté germanophone de Sibiu). On peut signaler qu’avant ce passage du recueil Ein Tangopoem und andere Texte (1978) il avait déjà fait place à l’aubergine dans son œuvre dans le recueil intitulé An die neue Aubergine.

J’apprécie particulièrement le passage sur l’âme de l’aubergine que  j’ai hésité à citer seul. Il soulève d’ailleurs une question logico-métaphysique redoutable : à quelles conditions peut- on dire que le Y dont X est dépourvu est le Y de X ? comment Y peut -il être le Y de X si’il est essentiel à X d’être dépourvu de Y ?

 

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