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Je vous ai tous comptés
civils d’hier, comptables, boutiquiers, paysans
et ouvriers d’usine et clochards dont le nid
est sous les ponts de Notre-Dame
et bedeaux de sacristie et fils de l’Assistance
publique, tous Français de France, aux yeux limpides,
ou du Congo, du bled algérien, d’Annam
avec des palmiers flottant dans le regard
et des Français venus des îles Caraïbes,
Français selon les droits de l’homme,
fils de la barricade et de la guillotine,
sans-culottes, le front incorruptible, libres,
et des Tchèques, et des Polonais, des Slovaques
et des Juifs de tous les ghettos de ce monde,
qui aimaient cette terre et ses ombres et ses fleuves,
qui ont ensemencé de leur mort cette terre
et qui sont devenus français, selon la mort.

Benjamin Fondane, L’exodeColère de la vision V

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Né en 1898 en Roumanie, Benjamin Fondane (qui s’appelait originellement Benjamin Wechsler et avait pris dans un premier temps le nom Fundoianu comme alias) s’installe en France en 1923, il est naturalisé en 1938. En 1940 il est mobilisé au 216e régiment d’infanterie de Sainte-Assise.

Le recueil Exode – Super Flumina Babylonis ( dont j’avais cité la Postface) a été composé pour l’essentiel en 1934, mais la section intitulée Intermède, consacrée à la débâcle de 1940 et dont est tiré ce poème a été écrite en 1942- 43.

Benjamin Fondane est mort en octobre 1944 à Auschwitz, il n’eut pas l’occasion de juger de la reconnaissance dont la France fit preuve envers les combattants issus de ses colonies.

 

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