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Mes pérégrinations procrastinatrices sur la Toile m’ont donné l’occasion de découvrir cette conférence du juriste américain Sanford Levinson.

Il y présente les idées de son ouvrage Our Undemocratic Constitution: Where the Constitution Goes Wrong (and How We the People Can Correct It). Levinson est convaincu que les défauts de la constitution des Etats-Unis sont suffisamment graves pour appeler une révision via une  seconde Convention constitutionnelle. Il ne semble pas se faire trop d’illusion au sujet de cette éventualité, puisqu’il reconnaît que le genre de révision qu’il appelle de ses vœux n’intervient généralement qu’après des désastres (4’42).

Le premier des défauts de la constitution que pointe Levinson c’est justement qu’il est difficile de la modifier (à partir de 5’52). A ce sujet il évoque une idée qui m’a frappé et inspiré le titre de cet article. Il suggère, en effet, que la vénération que les Américains ont pour leur constitution relèverait d’une sorte d’amor fati. Elle ne serait pas la cause première de la quasi intangibilité de la constitution américaine, mais serait elle même un sous-produit du verrouillage opéré par l’article 5.

« There is a general view, which I share, that article 5 by making it so difficult  to amend the Constitution also stifles discussion. Because cognitive dissonance theory would predict, putting the veneration aspect of the Constitution to one side,  if you can’t do anything about it there are all sort of incentives to think that it’s well pretty good, because it would really be quite awful to think that we are trapped in an iron cage that we can’t get out of. » (7′)

Levinson invoque de nouveau un tel mécanisme d’acceptation de ce qu’on ne peut pas changer à propos de la difficulté de révoquer le président (21’36).

« If we can’t get rid of the person then there is a tendency to believe well maybe he’s not that bad after all ; because it really would be too terrifying to say that we really are stuck with a raving incompetent”

Cette conférence a été enregistrée en janvier 2007 ( le qualificatif « raving incompetent » est ici appliqué à George W. Bush – 21’56) et le livre qui l’a inspirée remonte à 2006, mais la confrontation avec la situation actuelle ne peut que profiter au propos de l’auteur. En effet parmi les critiques que Levinson adresse à la constitution, il en est deux dont l’élection de Trump vient souligner la pertinence : d’une part la question des pouvoirs du président ( 16’12 – 23’10) et en particulier la difficulté de révoquer un président incompétent ; d’autre part, le problème du système des grands électeurs pour l’élection présidentielle (11’52 – 16’10). Sur ce dernier point Levinson n’invoque pas seulement le problème de l’élection d’un président ne disposant pas de la majorité du vote populaire, mais il signale aussi (13’24) les effets délétères de ce système sur la campagne électorale avec   la focalisation sur les swing states (les ouvriers de la sidérurgie de l’Ohio déjà en 2004) au détriment de l’intérêt de la majorité.

La présidence de Trump est un magnifique test de résistance des institutions américaines, dommage qu’il y ait tant de cobayes indirects.