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« Une classe d’élèves prend de l’ascendant sur un professeur par d’imperceptibles paliers, que le professeur tolère par générosité sachant que c’est sa présence et non ses rappels à l’ordre qui doivent imposer le silence. Mais peu à peu le brouhaha devient général et le professeur doit intervenir et rappeler quelqu’un à l’ordre. La classe comprend que le professeur n’est pas invulnérable, que quelqu’un a parlé, que chacun peut être ce quelqu’un. D’autres rappels à l’ordre suivent, qui habituent au rappel à l’ordre. Comme ils ne peuvent pas tous être frappés, il se forme un état de chahut toléré qui excuse chaque élève en particulier. Le professeur rappelle maintenant à l’ordre avec une plus grande violence et en conséquence — d’autant plus — les bruits deviennent plus malicieux, plus intentionnels, étant donné que le professeur répugne par générosité ou ne réussit pas à trouver des sanctions terribles. Le chahut devient donc un état endémique de distraction, d’épanchement, de guerre, maintenant que l’on connaît les limites des réactions du professeur. Sa simple présence ne suffit plus à imposer le silence, il faut le rappel à l’ordre et le rappel à l’ordre a laissé voir sa précarité. »

Cesare Pavese, Le métier de vivre, 17 novembre 1938

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