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Dimanche dernier nous avons appris avec Heine à interpréter les longues lettres de rupture amoureuse, aujourd’hui apprenons avec Pavese à interpréter les conduites brutales dans les mêmes circonstances.

« Il y a un type d’homme qui ne peut pas supporter de quitter une femme ou, en général, une personne avec laquelle il est entré dans un rapport jaloux, sans lui claquer la porte au nez.
Je ne crois pas que ce soit de la méchanceté. C’est simplement le besoin de faire bruyamment, de manière totalitaire ce qui, autrement, semblerait seulement approximatif et non certain.
C’est de la faiblesse. Cela consiste à s’attacher aux symboles extérieurs de la séparation (gros mots, gifles, gestes, scandales) par pur manque de confiance à l’égard de sa propre résolution intime.
C’est la peur d’être couillonné et de se voir remis dans la situation d’avant — auquel cas, tous les tourments que la séparation a pourtant causés seraient lamentablement vains et en pure perte.
Ce n’est pas de la méchanceté. Mais il est certain que toutes les méchancetés naissent de là, puisque elles naissent toutes de l’ambition frustrée. »

Cesare Pavese, Le métier de vivre, 16 juin 1938

Exercice : trouver une manière de rompre qui ne puisse pas être interprétée comme signe d’une incertitude sur la volonté de rompre.

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