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Deux choses remplissent mon esprit d’admiration et de crainte : les citations en grec de Vladimir Jankélévitch et les descriptions définies d’Auguste Comte. Une de ces dernières dernières me donnera l’occasion de proposer à mes lecteurs une devinette : quelle est la langue qu’évoque Comte à la fin du paragraphe ci-dessous ? Autrement dit, quelle est la langue qui a vocation à devenir la langue commune de tous les fidèles de la religion de l’Humanité (c’est-à-dire la religion qui doit, selon Comte, remplacer le culte de Dieu, quand la science se sera définitivement substitué au mode de penser théologique) ?

« Cet aperçu de la constitution sacerdotale [de la religion de l’Humanité] resterait incomplet si je n’indiquais la solution spontanée d’une grave difficulté, relative à l’extension nécessaire de la religion positive aux diverses parties de la planète humaine. Une langue commune devient, en effet, la condition naturelle de cette universalité, comme l’explique le quatrième chapitre du tome deuxième. Son institution préoccupa les principaux penseurs, depuis que la révolution occidentale suscita des aspirations décisives à la régénération finale. Mais l’esprit métaphysique fit méconnaître la spontanéité d’une telle construction, qui, nécessairement fondée sur l’élaboration populaire, ne peut résulter que de l’adoption unanime d’une langue existante. Entre les idiomes de l’Occident, cette universalité doit appartenir à celui que la poésie et la musique ont le mieux cultivé, quand les modifications convenables l’auront assez systématisé. Résulté du perfectionnement spontané de la langue propre aux meilleurs précurseurs de la sociabilité finale, il est le plus apte à lier dignement l’avenir au passé. Formé par la population la plus pacifique et la plus esthétique, seule pure de toute colonisation, il trouvera moins d’obstacles qu’aucun autre à la libre adoption que le sacerdoce positif devra lui procurer partout, en le consacrant au culte de l’humanité. »

Auguste Comte, Système de politique positive, Tome IV, chapitre I

Si cette devinette est trop facile pour vous, vous pouvez passer au niveau supérieur en essayant de deviner de quoi parle Hegel dans le texte cité à la fin de cet article.

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