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“There is of course another conception of synthetic a priori which does not involve an appeal to intellectual intuition. This is the Kantian conception. Kant reject the idea of a non-empirical experience, an intellectual intuition. He also related all non-analytic knowledge to empirical experience. However, he believed that one can know synthetic propositions a priori relating to experience. Their validity is not apprehended in an intellectual intuition but rests on the fact that they formulate the conditions of possibility of experience. However, it is doubtful whether Kant’s attempt to find an alternative to the analytical and intuitive conception of philosophy is successful. The propositions which Kant represents as conditions of the possibility of experience can also be interpreted as analytic. To the ‘conditions of possibility’ of experience belongs precisely what is analytically contained in the meaning of ‘experience’. Thus one can say that what Kant has done is to analyse a certain concept of experience.”

Ernst Tugendhat, Traditional and analytical philosophy, lectures on the philosophy of language, I,1
traduit de l’allemand par P.A. Gorner, Cambrige university press 1982

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Peut-être vais-je me ridiculiser auprès de ceux de mes lecteurs qui sont des collègues en révélant une lacune béante de ma culture philosophique, mais je n’ai pas souvenir d’avoir déjà rencontré ailleurs l’argument exposé ici par Tugendhat. Entendons nous bien, je ne parle pas du simple fait d’attaquer l’idée de « proposition synthétique a priori » en montrant que des propositions que Kant présente comme synthétiques a priori sont en réalité analytiques, ce qui est, si je ne me trompe, la stratégie argumentative classique contre la philosophie des mathématiques de Kant. Non, ce qui est l’objet de mon étonnement, c’est, plus précisément, l’idée que des propositions que Kant tient pour synthétiques a priori, celles qui expriment les conditions de possibilité de l’expérience, pourraient être interprétées comme des propositions analytiques explicitant le contenu du concept d’expérience. L’argument me paraît astucieux mais il n’emporte pas encore mon adhésion. En particulier j’ai du mal à voir comment l’articuler avec une autre critique de Kant qui me paraît à première vue plus convaincante, à savoir l’idée que les Premiers principes métaphysiques de la science de la nature et plus généralement les énoncés relevant aux yeux de Kant d’une partie a priori de la physique, sont en réalité redevables d’une justification empirique.

Bref, si certains de mes lecteurs identifient une source de l’argument ici brièvement exposé par Tugendhat ou s’ils ont connaissance d’une discussion précise de cet argument, je serais heureux qu’ils m’instruisent.

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